Le souffle des dieux- un voyage vers les origines du yoga moderne

Dire que le yoga est en vogue serait un euphémisme. Des millions de personnes pratiquent le yoga à travers le monde et de nombreuses célébrités en vantent les mérites. Bikram ou méditation, tantra ou ashtanga… le yoga a aujourd’hui autant de facettes que de débouchés commerciaux, les écoles traditionnelles côtoient les studios tendance, le yoga a ses salons, ses événements, ses marques, ses modes. Mais se réclame toujours d’une tradition millénaire indienne.

Comment une discipline initialement confidentielle,  réservée aux érudits, a-t-elle conquis le monde ? Les asanas (postures) étaient-ils réellement pratiqués dans les temps anciens ? Le réalisateur allemand Jan Schmidt-Garre a tenté de répondre à ces questions et nous emmène dans son voyage, à la fois géographique et spirituel, sur les traces du yoga moderne. Il s’est particulièrement attaché au rôle joué par Krishnamacharya dans la diffusion occidentale du yoga, rencontrant ses disciples et sa famille, et propose dans ce long-métrage de captivantes images d’archive, des interviews de grands maîtres (B.K.S. Iyengar, Pattabhi Jois) et quelques reconstitutions tout à fait honorables.

années 30

T. Krishnamacharya dans les années 30

Autant le dire tout de suite, le film risque de ne pas passionner les non-initiés. Même si le réalisateur (pratiquant mais loin d’être un athlète) fait l’effort louable de se filmer lui-même lors de cours, permettant à tous ceux qui ne peuvent s’asseoir en lotus de s’identifier quelque peu, l’ensemble du propos reste destiné aux yogis et yoginis déjà familiarisés avec les différents aspects et branches du yoga.

Ceci posé, et partant du principe que si vous lisez ces lignes c’est que le sujet vous intéresse un minimum, je vous le dis : le film est excellent, et je vous invite à aller le voir !

Les images d’archive, en premier lieu, sont précieuses. Voir Krishnamacharya pratiquer dans les années 20 ou 30 a quelque chose de fascinant et de très émouvant : le simhasana ou le sirsana du guru sont les mêmes que les nôtres, ou  en tout cas les mêmes que ceux vers lesquels nous tendons. C’est aussi très mignon de voir ses enfants pratiquer, notamment ses filles, y compris lors de séances qui ressemblent fortement à de l’acro-yoga… Et je dois dire que les images de sa femme en upavista konasana sont extrêmement réjouissante et m’ont fait aimer Krishnamacharya pour son absence de sexisme. Quand on connait la société indienne et la façon dont les femmes y sont souvent traitées, on doit reconnaitre quelque chose de visionnaire chez ce maître.

Une des reconstitutions du film : une présentation de yoga devant le roi de Mysore

Une des reconstitutions du film : une présentation de yoga devant le roi de Mysore

Le travail de recherche, ensuite, est intéressant. Schmidt-Garre est allé à la rencontre de 4 des 6 enfants de Krishnamacharya : son fils Sribhashyam et ses trois filles Pundarikavalli, Alamelu et Shubha. Ses disciples Patabhi Jois (décédé durant le tournage) et B.K.S Iyengar, aujourd’hui deux maîtres incontournables du yoga, sont également très présents. Ces différentes voix dressent un portrait riche et contrasté. Guide sévère mais protecteur ou maître intraitable ? Dépositaire d’un savoir millénaire ou créateur d’une nouvelle discipline inspirée des arts martiaux ?

T.K. Shribashyam, un des fils de T. Krishnamacharya

T.K. Shribashyam, un des fils de T. Krishnamacharya

Car Krishnamacharya, jeune érudit issu de la caste des brahmanes, spécialiste de la philosophie indienne, revenant de 7 ans passés à apprendre le yoga auprès de Ram Mohana Brahmachari au fin fond de l’Himalaya tibétain, semble bien avoir créé un « sport » spécialement pour le roi de Mysore. Un ensemble d’exercices toniques qui lui permettrait de rester agile, dans des années où l’Inde s’approchait de l’indépendance et faisait face à des perturbations majeures. C’est de là que vient le concept de vinyasa, d’enchainement de postures à un rythme soutenu. Il est d’ailleurs intéressant de voir le cheminement de Krishnamacharya sur ce point à travers les années. Professeur dans la yogashala créée par le roi, promoteur d’une discipline alors mal vue (les asanas, la partie physique du yoga, étant considérée alors comme réservée aux charlatans), diffuseur d’un yoga très physique, il est arrivé avec les décennies à un yoga recentré sur la respiration et les postures, un yoga thérapeutique, se rapprochant finalement du yoga développé par son disciple/dissident B.K.S Iyengar. Alors que Patabhi Jois de son côté diffusait ce qu’on appelle aujourd’hui Ashtanga yoga…

Ashtanga

Des séquences d’ashtanga yoga

Mais alors, peut-on comparer le yoga traditionnel indien, celui qui était transmis de maître à élève durant de longues années, celui dont la fonction première est d’amener le corps et le mental à la méditation, à l’extinction des sens, à l’extinction tout court… au yoga tel qu’il est aujourd’hui pratiqué en occident ?

Quand Jois évoque le Yoga Korunta, texte sacré décrivant des milliers de postures, retrouvé par Krishnamacharya et dont le seul exemplaire écrit sur des feuilles de palmier aurait été mangé par les fourmis… On s’approche plus du mythe que du fait historique. Reste que le yoga est évoqué dans de nombreux textes anciens, du Ramayana à la Baghavad Gita, sans oublier les Yoga Sutras, qui sans avoir 5000 ans datent tout de même (environ) du deuxième siècle avant J.C. Les asanas existaient avant Krishnamacharya, ils s’inscrivaient dans un tableau plus vaste, n’étant qu’un aspect du yoga.

Au final, le réalisateur (et nous avec) ne trouve pas vraiment de réponse à sa quête. On peut aussi déplorer que le film n’explore que l’influence de Krishnamacharya, délaissant d’autres maîtres comme Sivananda (contemporain et lui aussi diffuseur du yoga en occident). Mais après tout, c’est UN voyage vers les sources du yoga… La seule certitude, c’est que le yoga est bien plus qu’un sport. Comme le rappelle Shubha, le yoga nécessite « l’alliance de la respiration, du mouvement et de la concentration », sans cela, comme le conclut Schmidt-Garre, « le plus vieil asana du monde ne sera qu’un exercice de gymnastique ».

Laura Sykora, une yogini très suivie sur Instagram

Laura Sykora, une yogini très suivie sur Instagram

Il parait qu’à l’issue de ses 7 années d’apprentissage dans l’Himalaya, le maitre de Krishnamacharya lui a demandé, en paiement de son enseignement, de diffuser le yoga dans le monde. Je me dis que pour y arriver, pour pousser les occidentaux à s’intéresser à une philosophie orientale, il fallait être malin et ruser. Peut-être que le plan est en cours d’exécution. Peut-être que via le vinyasa flow, les studios à 40° du bikram, ou tout autre école qui apparaitra certainement encore, c’est le yoga dans son ensemble qui diffuse. Et si pour arriver à une humanité sensibilisée aux devoirs moraux, à la discipline et à la concentration, il faut l’inviter à poser son nez sur ses genoux (ou ses orteils derrière sa tête) c’est finalement tout bénef’… Non ?

 

Le souffle des dieux- un voyage vers les origines du yoga moderne

Film documentaire de Jan Schmidt-Garre, 2014, VO sous-titré français, 101 mn

Bande annonce ici

DVD en vente ici

affiche du film le souffle des dieux

affiche du film le souffle des dieux

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Le monde merveilleux de l’éducation nationale, round 2 : la fête des mères

J’ai d’excellents souvenirs de fête des mères. Du moins j’ai d’excellents souvenirs de la fabrication des cadeaux de fête des mères, et du moment où, petite fille émue, je les offrais avec dévotion à ma mère.

Je me souviens parfaitement du panier en osier fabriqué en CM2, des joncs que l’on faisait tremper dans la classe avant de les tresser, et de ma fierté devant l’objet fini. Un genre de plat pas du tout plat, avec deux poignées asymétriques, qui a atterri dans le jardin et  a mis des années à s’y décomposer, accueillant au fil des saisons des pots de plantes aromatiques, des récoltes de fleurs ou des jouets égarés. Faut dire que l’osier c’est résistant. Et en plus on l’avait verni.

Que dire de la boîte à camembert/boîte à bijoux, des poèmes plus ou moins originaux calligraphiés la langue tirée, des paniers de bonbons et autres maniques brodées, ou encore des cadeaux de mon petit frère : empreintes de main en pâte à sel, bouteilles de coca recouvertes d’argile et de grains de café (ne me demandez pas à quoi pouvait servir celui-là, 30 ans après on se le demande encore), dessins appliqués et premiers mots recopiés…

Si je m’en souviens si bien, c’est parce que c’était important, la fête des mères. On préparait quelque chose de spécial, c’était un secret et c’était pour notre maman. Elle se moquait régulièrement de nos créations et avait une facheuse tendance à les faire disparaitre (pas tellement le genre à exposer un coquetier fait en rouleaux de papier toilette, ma mère, voyez) mais elle avait au moins la gentillesse de s’extasier sur le moment, ce qui nous remplissait de joie.

Donc je dois dire que la fête des mères a une saveur particulière pour moi, et que j’attendais avec impatience que Grand Mouflet entre à l’école et me fabrique quelque chose de ses jolies mimines.

Ces dernières semaines, j’ai essayé de le cuisiner un peu. Pas trop, parce que je ne voulais pas non plus qu’il me dévoile tout… Non, j’ai juste demandé innocemment (et de façon répétée) si à l’école ils fabriquaient quelque chose pour la fête des mamans. J’ai eu autant de réponses différentes que de fois où j’ai demandé. La vérité est un concept fluctuant, à trois ans.

Vendredi dernier je m’attendais à voir un paquet, une enveloppe, un bout de bolduc dépassant de son sac à dos. Rien. Pas une once de papier crépon, pas un gramme de pâte à sel, que dalle, nada, ouallou.

J’ai profité de la fête des voisins pour interroger les autres mamans de maternelles de la résidence, et là il a bien fallu se rendre à l’évidence : sur mon premier collier de nouilles, j’allais devoir m’asseoir.

L’école de mon fils ne fait rien pour la fête des mères.

Que dalle, nada, ouallou. Jamais, dans aucune classe.

« Parce qu’il y a des enfants qui n’ont pas de maman« .

Et là je vous le demande, parce que moi je suis novice en parent d’élève et que vu que je suis un peu fumasse il est possible que je ne sois pas tout à fait objective : ça vous semble normal/habituel ?

Non parce que d’accord, certains enfants n’ont pas de maman. Mais dans toutes les classes de cette école, toutes les années ? Et même si c’était le cas, il y a quand même des chances qu’ils aient un papa, une grand-mère, quelqu’un, non ? A ma connaissance, les enfants de 3 à 6 ans qui vivent seul, c’est assez rare.

Et puis si on veut être cohérent, dans ce cas, pourquoi préparer quelque chose pour Noël alors qu’il y a plein de petits nenfants dans cette école qui ne fêtent pas Noël ?

Ou comme dirait ma copine Irène : « Pourquoi faire sport alors qu’il y a des enfants qui n’ont pas de pieds ? »

Ôtez-moi d’un doute, cette école, elle est bizarre ou bien ?

bbt sheldon

 

 

15 grands moments de parentalité avec Downton Abbey

Quand tu annonces ta première grossesse :

Chéri, on va être grands-parents !

Quand tu annonces ta troisième grossesse :

da bizzare

Quand tu expliques que tu veux accoucher sans péridurale :

da oooh

Quand ton mari découvre ton décolleté de mère allaitante :

DA aroused

Quand tu dis à ta grand-mère que tu ne laisses pas pleurer ton bébé :

da mmpf

Quand tu retournes au bureau après ton congé mater, et que tu as un peu pris de poids :

da annonce

Quand tu expliques à tes amis que tu pratiques le co-sleeping :

da hem

Quand tu obtiens (enfin) une place en crèche :

da content

Quand tu goûtes les petits pots de ton bébé :

Brocoli endive ? Mmmmm délicieux...

Quand tu dis à tes amis que tes enfants ne regarderont jamais la télé :

Et ils ne joueront jamais à la console non plus

Quand tu discutes avec ton fils de 18 mois :

da understanding

Quand tu dois dire à ton mouflet de 4 ans que son doudou est foutu parti en vacances :

da lie

Quand ton enfant tombe sur tes sex-toys :

da objet

Quand tu pars en sortie scolaire avec une centaine de gamins :

da où

Quand ton petit te dit « je t’aime »

DA nice

 

Témoignage de papa

On nous entend, nous les femmes enceintes (quoi ? qui a dit « trop » ?)… mais un peu moins les papas, il est vrai. Alors aujourd’hui c’est un papa qui s’exprime ! Pas celui de mes enfants, mais celui d’une petite poulette rousse, gaga de sa fille et excellent voisin de bureau au demeurant.

Olivier, c’est à toi :

La fin de grossesse est proche. Plus que quelques jours, allez une grosse semaine, et le divin enfant sera là. Enfin !! Alors que se dessine une nouvelle vie que je suppute riche en émotions, prenons le temps (tant qu’il est encore temps) de revenir sur ces longs mois de grossesse (9 pour les incultes). Que retenir donc ? Qu’une grossesse, c’est d’abord une histoire de partage. On ne le répétera jamais assez : oui c’est bien la femme qui porte l’enfant et qui contemple, au fil des mois, les mutations extraordinaires que subit son corps. Oui c’est la femme qui met entre parenthèses sa vie professionnelle, sportive ou festive pendant de longs mois marqués par la frustration, la privation et la haine viscérale de ses congénères lorsque ces dernières l’appellent pour un apéro entre filles. Oui c’est encore et toujours la femme qui endure vergetures et contractions, sautes d’humeur et mal de dos, et, au final, péridurale et épisiotomie, mais, qu’y puis-je ? Ou plutôt qu’y pouvons-nous, faibles créatures terrestres dont l’étiquette sexe fort ne saurait cacher notre inanité devant la Création ? Il n’empêche que… féministes, fermez les écoutilles, l’homme, le mari, l’époux, le compagnon, le conjoint ou l’amant (pour certaines aventurières) a une place importante, que dis-je prépondérante dans l’accompagnement de la femme enceinte (je m’étonne d’ailleurs qu’aucun Petit manuel à l’usage des hommes endurant une femme enceinte ne soit encore paru). Levier, soutien, pilier, socle, épaule musclée… Appelez ça comme vous voulez mais il faut le savoir : la grossesse se vit à deux. C’est un constat : rarement je n’ai été autant mis à contribution que durant cette période. Primo, sur les tâches ménagères. Petits plats mitonnés avec amour pour femme alitée, nettoyage de fond en comble de l’appartement, lessive, vaisselle, portage de courses (putain de packs d’eau !!) sur 5 étages sans ascenseur, montage et démontage (car il me reste une vis dans la boîte) de table à langer, de commode, de poussettes… être aux petits soins avec sa femme, prévenant, disponible. Première qualité à remplir. Sinon vous ne passerez jamais le cap des premiers mois. Deuxio, l’écoute. Primordiale l’écoute. Votre femme n’a jamais été aussi bavarde ? Nuance, elle se plaint… et veut que vous le sachiez. Entendu maintes fois : « c’est pas juste pourquoi toi tu vas tout le temps boire plein de coups avec tes potes alors que moi je dois rester seule à la maison. » Si vous tentez la réponse suivante « C’est pas ma faute c’est le Créateur qui a choisit que ce soit la femme qui donne vie. Je me serai bien acquitté de ma tâche mais on ne m’a pas laissé le choix. » : gros, gros risque de se prendre une claque dans la gueule. Avis de tempête conjugale en perspective. Non, jouez plutôt la carte du deal « ok je vais boire des bières avec des potes mais promis je rentre avant 22h00 » Et si vous rentrez bien plus tard (au petit matin) mettez ça sur le compte d’un ami qui avait besoin de parler ou d’une tournée générale du patron qui a mal dégénéré. Et puis consentez à rester auprès d’elle le reste de la semaine (de toute façon vous devrez bien payer un jour !!). Compassion et attention sont les mamelles de la grossesse. Votre femme pleure à 4h du mat’ sans raison. Vous êtes là pour la prendre dans vos bras (« tout va bien se passer », notez c’est la phrase clef. Variante : « je suis là. Tout va bien ».). Elle a une folle envie de vous à 6h00 du mat’. Vous êtes là et vous la… bref, vous vous exécutez. J’ai même eu droit aux concombres à 2h du mat’ (non ptits malins, pas pour les réjouissances sexuelles mais une folle envie de bouffer des putain de concombres en plein milieu de la nuit). Dire que la grossesse est une aventure hors normes relève de l’euphémisme. D’ailleurs tout le monde vous dit : « repose-toi un peu avant l’arrivée du bébé car après tu vas en chier… » Heu, je veux bien mais quand ? Pareil, rarement été aussi crevé. Dormir avec une femme qui fait 15 kilos de plus, c’est différent. Et qui ronfle !! Bon, ok j’arrête. La grossesse a également des côtés positifs : contempler votre bébé (pardon la chose qui se meut dans le ventre de votre femme) bouger, l’entendre hoqueter, lui raconter des histoires, lui mettre de la musique et le voir réagir ou tout simplement lui parler…ça, c’est indescriptible.

Alors, les papas, envie de partager vos souvenirs de grossesse ? Plutôt période de bonheur partagé ou épreuve d’endurance face à une femme légèrement (très) pénible ?

 

Manuel de survie à l’usage des jeunes parents

L’autre jour, au détour d’une vente réalisée via un site bien connu de petites annonces gratuites, j’ai croisé un tout jeune papa. Entendez le papa d’un tout jeune bébé. Une semaine en l’occurrence. Un peu décalqué, quoiqu’encore capable d’aligner des phrases cohérentes, il m’a dit brièvement leur fatigue, leur envie de jeter le marmot par la fenêtre, ses pleurs incessants et les conseils bienveillants de l’entourage qui les invitait justement à le laisser brailler.

Une grande compassion m’a envahie : je me souviens tellement de l’état d’épuisement dans lequel j’était après la naissance de Grand Mouflet (je dis « j’étais » parce que Cher&Tendre a bien mieux encaissé le choc que moi). De l’alternance de phases d’admiration béate et d’abattement profond face à ce minuscule être qui prenait tout l’espace et tout le temps. En un mot, j’étais totalement désemparée.

Donc, pour ce couple de jeunes parents, et pour tous ceux qui se sentent quelque part entre « un peu perdus » et « en plein désarroi » à l’arrivée de leur premier enfant, voici une liste de 10 commandements à garder à l’esprit.

1 : quand ton enfant dort, tu dormiras

Parce que la fatigue rend tout plus difficile, il est primordial de pioncer dès que possible. Surtout pour la maman qui a enquillé grossesse et accouchement et surtout surtout si elle allaite (et est donc d’office celle qui se lève pour les repas nocturnes).  Donc oubliez les notions de jour et de nuit, au moins les premières semaines. Votre bébé n’a pas de rythme pour le moment, faites comme lui et dormez dès qu’il dort.

2 : indulgent avec toi-même tu seras

La maison clean et bien rangée, le linge repassé, les repas faits maison… oubliez vos standards habituels et croyez-moi, si vous arrivez à vous doucher à peu près tous les jours, à manger autre chose que des chips et à trouver un t-shirt propre dans votre placard, c’est que vous êtes déjà au top de l’organisation. Mettez un peu de côté les choses que vous pensez devoir faire mais qui en fait sont loin d’être indispensables (du style envoyer des faire-parts de naissance ou shampooiner les tapis) et reportez-vous au point 1.

3 : Chez Picard des stocks tu feras

Idéalement, ce serait même « dès avant la naissance, en prévision, ton congélateur tu rempliras » histoire de se simplifier un maximum la vie sans être obligé de recourir systématiquement au chinois du coin ou au livreur de pizza. Alors oui, les plats préparés c’est le mal, mais souvenez-vous du point 2, dites-vous que c’est moins pire que d’aller tous les midis chez Ronald, et si vous n’avez pas fait les courses avant, reportez-vous au point 8.

4 : les fâcheux hors de chez toi tu bouteras

Bien sur qu’on est ravis de présenter la merveille à la famille et aux amis. Evidemment que la joie et l’émotion sur leurs visages vaut bien un peu de fatigue supplémentaire. Mais quand la copine débarque avec ses trois gamins insupportables, quand le cousin profite de la naissance pour venir se faire un week-end à la ville ou quand la famille passe la journée à squatter le salon, on est en droit d’avoir envie de les foutre dehors. Ça semble même indispensable. Le plus sur est donc de prévenir en amont : « bien sur, quelle joie ça sera de vous voir… par contre pas trop longtemps, on est tous claqués ». Et si vous pouvez, demandez-leur de faire quelques courses, au passage (voir point 8).

5 : les (trop) nombreux conseils tu ignoreras

Quand il s’agit de bébés, ou d’enfants d’ailleurs, les gens ont parfois tendance à donner leur avis sans qu’on le leur demande. Parce qu’ils ont une expérience dont  vous êtes encore dépourvus, et parce qu’ils sont pleins de bonnes intentions, il est donc probable que vos proches et moins proches vous abreuvent de leur sagesse (comme je le fais en ce moment, tiens). Vous n’êtes pas obligés de les écouter (ni de les lire). Et encore moins de faire comme ils disent (mais moi j’ai quand même souvent raison). Et même si vous simulez un endormissement pendant la conversation, vous ne serez pas obligés de les entendre (je vais arrêter avec les parenthèses).

6 : pleurer, ton enfant tu ne laisseras pas

Comme vu au point 5, vous faites bien comme vous voulez. Mais je vous le dis quand même, et ça vaut ce que ça vaut : chez nous, on ne laisse pas les bébés pleurer. Pas les tout-petits en tout cas. On est partis du principe qu’un nouveau-né ou un nourrisson ne fait pas de caprice, que s’il pleure c’est parce qu’il a faim, froid, soif, peur ou je ne sais quoi d’autre de désagréable. Il nous a donc semblé préférable de répondre systématiquement et rapidement aux pleurs de nos mouflets, histoire de leur indiquer que leurs besoins étaient entendus. Le début de la communication, quoi. Par ailleurs, quand ton bébé pleure, tu ne dors pas. Donc plutôt somnoler avec un bébé calme dans les bras (quitte à mettre un matelas par terre pour être sur que personne ne tombe) plutôt que de friser la crise de nerf avec un bébé qui hurle dans son lit. Non ?

7 : pleurer, ton enfant tu laisseras

Si si. Parfois. Parce que voir point 2. Parce que de temps à autres on est tellement fatigué, épuisé, saoulé, désemparé, qu’on regarde son enfant et on a envie au mieux de le mettre en vente sur e-bay et au  pire de le passer par la fenêtre. Parce que même les meilleurs parents ont parfois été tellement exaspéré qu’ils ont eu envie de faire un truc pas cool à leur bébé. Et dans ces cas-là, il n’a rien d’autre à faire que de le mettre dans son lit et d’aller s’aérer la tête 5 minutes, le temps de se calmer. 5 minutes pour redescendre en pression. En général c’est même assez pour commencer à culpabiliser de l’avoir laissé et repartir plein de tendresse vers le petit tyran. Et ouais.

8 : de l’aide tu demanderas

Pour les courses, le linge, le ménage, mitonner un bon petit plat (ça changera du Picard), voire  garder le mouflet quelques heures pour les plus aventureux… Souvenez-vous du point 2 et n’hésitez pas à mettre amis et famille à contribution. S’ils ne vous ont pas proposé spontanément leur aide, c’est peut-être qu’ils n’osent pas, ne savent pas ou ne se souviennent pas  comme c’est fatigant et prenant, un nouveau-né. Soyez sympa, laissez-leur l’opportunité de vous faire du bien. En plus ça peut être un bon moyen de réussir le point 4.

9 : de l’aide tu demanderas (bis)

Parfois ce n’est pas d’aide ménagère dont on a besoin, mais d’aide à la parentalité ou de soutien psychologique voire médical. Et dans ce cas-là, le premier recours est la PMI. On peut trouver les adresses en ligne et y rencontrer des puéricultrices, des médecins, des psychologues… qui au besoin pourront orienter vers d’autres structures. Si vous avez l’impression de ne pas vous en sortir, ce qui n’a rien de honteux vu le chamboulement que représente l’arrivée d’un bébé, reportez-vous au point 2 et faites-vous aider !

10 : de sources sures tu t’inspireras

Vous savez, quand vous flippez pour un bouton bizarre que vous avez dans le cou, que vous allez sur un forum santé sur le net pour en savoir plus et que vous en ressortez persuadé d’avoir un cancer incurable ? Ben ça, vous risquez de le vivre en 10 fois pire avec votre bébé. D’où l’intérêt de choisir ses références. Bouquins, amis avec enfants, ou sites internet, l’essentiel est que les infos soient fiables et compréhensibles. On peut trouver de très bons conseils sur les forums de parents (et sur les supers blogs de parents !), mais aussi des bêtises sans nom. Dans le doute, plutôt que d’écouter votre voisine madame Michu (souvenez-vous, point 5) appelez la PMI ou votre médecin/pédiatre.

Alors, on gère ou pas ?

Woooh trop forts !

Woooh trop forts !

Petit guide de machins moyennement appropriés à dire à une femme enceinte

La femme enceinte est magnifique, la femme enceinte rayonne, c’est une déesse qui porte la vie… mais faut quand même pas trop la chercher. Parce que la femme enceinte a mal aux seins, les doigts boudinés et un retour d’acné, faudrait voir à pas trop lui raconter n’importe quoi. Suite du petit guide de trucs moyennement appropriés à dire à une femme enceinte , histoire de mettre toutes les chances de votre côté. So remember, pour votre propre santé, évitez tout ce qui ressemble de près ou de loin à :

« Champagne pour fêter ça ! »

Voilà voilà. Notez que c’est plus fréquent chez les quinquas et au-delà. Innocente génération qui a vécu ses grossesses sans flipper du toxoplasme, de la listériose, du tabac… et s’accordait son petit verre sans état d’âme. Variantes : « Rien qu’une coupe, c’est le nouvel an quand même ! » ou « Oui mais c’est du rouge, c’est bon pour la santé« . Rappelons s’il en est besoin que pendant la grossesse c’est zéro alcool, vu que l’éthanol traverse tout à fait bien le placenta et qu’à priori le grumeau en développement n’est pas équipé contre la gueule de bois… Il est donc à peu près aussi approprié de pousser une femme enceinte à boire que de verser un bouchon de rhum dans le bib du petit dernier. Après, vous faites comme vous voulez, mais chez nous on a une règle : drogues et alcool interdits tant qu’on ne sait pas couper sa viande tout seul. Faut avoir des principes dans la vie.

Degré d’insupportabilité : 8/10.

« On se fait un plateau de sushis ?« 

Variante : « Tu prendras bien une tartine de rillettes, c’est mamie qui les a faites« . Et oui, la grossesse, chouette période où la moitié des aliments se met à ressembler à des substances toxiques. Où le repas de Noël (foie gras, saumon fumé, et autres plateaux de fromages) vire à la chasse au crobe. Listeria, toxoplasme, salmonelle voire parasites… leur hypothétique présence nous pourrit la vie pendant neuf mois, où l’on culpabilise en sus de ne pas javelliser le frigo toutes les deux semaines comme Passeport Santé le recommande. A moins de tomber sur une femme enceinte aventureuse ou vraiment pas inquiète, il sera donc gentil à vous de garder le camembert au lait cru, la mayonnaise maison ou le carpaccio de boeuf pour après l’accouchement, parce que là tout de suite on a une salade en sachet à relaver.

Degré d’insupportabilité : 4/10 (mais ça peut monter si on est obligés de répéter).

 « Profite, c’est que du bonheur« 

Alors j’aimerais qu’on précise : de quoi faut-il profiter exactement ? De la peau grasse ou de la constipation ? Des sautes d’humeur ou des nausées ? Parce que s’il s’agit de « profiter » du bonheur de voir s’étendre les varices et d’enfiler chaque matin une belle paire de chaussettes de compression, je me disais que je pourrais en garder un peu pour plus tard. La retraite par exemple.

Bien sur qu’être enceinte est formidable, mais en toute honnêteté, assez fréquemment, c’est complètement à chier. Ça peut être angoissant, perturbant, déstabilisant. Pour beaucoup de femmes la grossesse est très loin de ressembler à 9 mois d’extase, passés à caresser amoureusement son ventre. Les exhortations au bonheur, les clichés de grossesse radieuse, ne servent qu’à une chose : faire culpabiliser les femmes enceintes qui ne ressentent pas cette plénitude. « Suis-je (déjà) une mauvaise mère ? » se demande celle qui ne déborde pas d’amour pour le contenu de son utérus. « Qu’est-ce qui cloche chez moi ? » se questionne celle qui n’arrive pas à « profiter » d’un troisième trimestre fait d’insomnies, de reflux gastrique et de contractions. Les filles, je vous rassure, rien ne cloche chez vous ! C’est normal de ne pas surkiffer le squattage de son abdomen par un grumeau sautillant et envahissant. C’est normal de flipper et de se demander si on va s’en sortir. Et c’est normal de détester un peu celles qui ont l’air tellement heureuses et en forme pendant leur grossesse qu’on les croirait droguées au jus de Bisounours. Donc mesdames (oui, ce sont rarement les hommes qui sortent de genre d’absurdités) qui jugez utile d’inviter lourdement les femmes enceintes à « profiter » de leur état, essayez de trouver quelque chose de plus utile à dire. Proposez de faire les courses par exemple. Histoire qu’on « profite » vraiment et qu’on  rattrape notre retard sur Game of Thrones.

Degré d’insupportabilité : 7/10

« Oh ça va, t’es enceinte, t’es pas malade !« 

Tout à fait. Commençons si vous le voulez bien par définir « malade ». Le CNRTL (qui est en passant l’un de mes sites préférés du monde entier) définit « malade » par : « dont la santé est altérée; qui est atteint d’une maladie, qui éprouve un malaise ». Ça me semble assez clair. Quiconque a déjà expérimenté une gueule de bois -et son mélange de nausées, vomissements, maux de tête, étourdissements et malaise général- sera d’accord pour admettre qu’on peut très bien souhaiter une mort rapide tellement on en chie, sans avoir pour autant une « vraie » maladie. (Notez au passage le choix judicieux de l’exemple et la similarité des symptômes). 

Je connais des gens qui pensent mourir dans la semaine dès que leur taux de cholestérol dépasse un peu la norme. Et moi avec mes palpitations et essoufflements, mes douleurs ligamentaires, mes nausées matinales (mais aussi vespérales voire nocturnes) et ma fatigue surnaturelle, je n’aurais pas le droit à un peu de compassion ? Je ne suis peut-être pas malade, mais ne pourrait-on pas se mettre d’accord sur le fait que ma santé est un tout petit peu « altérée » ?

Si on y regarde bien, une femme enceinte peut cumuler les symptômes de la gastroentérite virale (nausées, vomissements), de l’hypertrophie bénigne de la prostate (envies d’uriner fréquentes et réveils intempestifs associés), de l’insuffisante cardiaque (essoufflement, palpitations), de la colopathie fonctionnelles (constipation, ballonnements) auxquels on ajoute une dose variable d’insuffisance veineuse, de reflux gastro-oesophagien, de fatigue, et de problèmes cutanés.

Alors le prochain qui me dit que je ne suis pas malade :

quand on me dit que je suis enceinte, pas malade

Il se prend un gros pain dans sa mouille

degré d’insupportabilité : 9/10

« Mais y’en a au moins deux là-dedans !« 

Variante : « Vous êtes pas loin du terme, là, non ? » quand on entame à peine le 5ème mois.

On l’a déjà dit, la femme enceinte peut être légèrement susceptible, notamment pour les raisons évoquées plus haut. Par ailleurs, les variations physiques peuvent être difficiles à encaisser et, même sans prise de poids excessive, voir son tour de taille dépasser celui de Casimir est un rien perturbant. Il est donc préférable, toujours dans votre intérêt, de ne pas spéculer sur le nombre de squatteurs présents ni sur l’avancement de la grossesse. Un sobre et sans risque « et vous êtes enceinte de combien ? » sera plus sur, et permettra à votre interlocutrice, si elle est d’humeur facétieuse, de vous répondre « de mon mari seulement ». Heureuse de son petit effet, elle passera un excellent moment en votre compagnie et vous pourrez vous féliciter d’avoir contribué à son bien-être et partant, à celui d’un embryon/foetus. Ce qui n’est pas donné à tout le monde, avouez-le.

Degré d’insupportabilité : 7/10

Le meilleur moment de la journée

C’est quand le matin Grand Mouflet émerge de son lit, les yeux mi-clos, et vient à tout petits pas d’enfant ensommeillé s’amarrer à notre lit pour crier « ah ! j’ai bien dormi ! »

C’est quand Petit Mouflet escalade le canapé entre deux jeux ou bêtises, pour se coller à moi et frotter sa tête sur mon bras en disant avec extase « maman ».

C’est quand les garçons mangent toutes les tomates et en redemandent.

C’est quand Grand Mouflet pousse la main de son frère pour éviter que ses petits doigts ne se coincent dans la porte.

C’est quand je rentre le soir pour trouver les enfants dans le bain et Cher&tendre qui leur joue de la guitare assis sur le marche-pied.

C’est quand, chacun dans son lit, les mouflets s’interpellent et se font rire si fort qu’on hésite à les arrêter, même s’il est déjà tard.

C’est quand ils dorment enfin et qu’on est tranquilles, en amoureux.

C’est quand on les observe dans leur sommeil, le Petit sur le ventre, agrippé à son doudou serpent, le Grand les bras en croix, au milieu de livres et jouets.

C’est quand on se couche, nous les grands, et que j’écoute la maison silencieuse, sachant que les trois hommes de ma vie sont sous le même toit que moi, et que je les retrouverai demain matin.