Petit guide de machins moyennement appropriés à dire à une femme enceinte

La femme enceinte est magnifique, la femme enceinte rayonne, c’est une déesse qui porte la vie… mais faut quand même pas trop la chercher. Parce que la femme enceinte a mal aux seins, les doigts boudinés et un retour d’acné, faudrait voir à pas trop lui raconter n’importe quoi. Suite du petit guide de trucs moyennement appropriés à dire à une femme enceinte , histoire de mettre toutes les chances de votre côté. So remember, pour votre propre santé, évitez tout ce qui ressemble de près ou de loin à :

« Champagne pour fêter ça ! »

Voilà voilà. Notez que c’est plus fréquent chez les quinquas et au-delà. Innocente génération qui a vécu ses grossesses sans flipper du toxoplasme, de la listériose, du tabac… et s’accordait son petit verre sans état d’âme. Variantes : « Rien qu’une coupe, c’est le nouvel an quand même ! » ou « Oui mais c’est du rouge, c’est bon pour la santé« . Rappelons s’il en est besoin que pendant la grossesse c’est zéro alcool, vu que l’éthanol traverse tout à fait bien le placenta et qu’à priori le grumeau en développement n’est pas équipé contre la gueule de bois… Il est donc à peu près aussi approprié de pousser une femme enceinte à boire que de verser un bouchon de rhum dans le bib du petit dernier. Après, vous faites comme vous voulez, mais chez nous on a une règle : drogues et alcool interdits tant qu’on ne sait pas couper sa viande tout seul. Faut avoir des principes dans la vie.

Degré d’insupportabilité : 8/10.

« On se fait un plateau de sushis ?« 

Variante : « Tu prendras bien une tartine de rillettes, c’est mamie qui les a faites« . Et oui, la grossesse, chouette période où la moitié des aliments se met à ressembler à des substances toxiques. Où le repas de Noël (foie gras, saumon fumé, et autres plateaux de fromages) vire à la chasse au crobe. Listeria, toxoplasme, salmonelle voire parasites… leur hypothétique présence nous pourrit la vie pendant neuf mois, où l’on culpabilise en sus de ne pas javelliser le frigo toutes les deux semaines comme Passeport Santé le recommande. A moins de tomber sur une femme enceinte aventureuse ou vraiment pas inquiète, il sera donc gentil à vous de garder le camembert au lait cru, la mayonnaise maison ou le carpaccio de boeuf pour après l’accouchement, parce que là tout de suite on a une salade en sachet à relaver.

Degré d’insupportabilité : 4/10 (mais ça peut monter si on est obligés de répéter).

 « Profite, c’est que du bonheur« 

Alors j’aimerais qu’on précise : de quoi faut-il profiter exactement ? De la peau grasse ou de la constipation ? Des sautes d’humeur ou des nausées ? Parce que s’il s’agit de « profiter » du bonheur de voir s’étendre les varices et d’enfiler chaque matin une belle paire de chaussettes de compression, je me disais que je pourrais en garder un peu pour plus tard. La retraite par exemple.

Bien sur qu’être enceinte est formidable, mais en toute honnêteté, assez fréquemment, c’est complètement à chier. Ça peut être angoissant, perturbant, déstabilisant. Pour beaucoup de femmes la grossesse est très loin de ressembler à 9 mois d’extase, passés à caresser amoureusement son ventre. Les exhortations au bonheur, les clichés de grossesse radieuse, ne servent qu’à une chose : faire culpabiliser les femmes enceintes qui ne ressentent pas cette plénitude. « Suis-je (déjà) une mauvaise mère ? » se demande celle qui ne déborde pas d’amour pour le contenu de son utérus. « Qu’est-ce qui cloche chez moi ? » se questionne celle qui n’arrive pas à « profiter » d’un troisième trimestre fait d’insomnies, de reflux gastrique et de contractions. Les filles, je vous rassure, rien ne cloche chez vous ! C’est normal de ne pas surkiffer le squattage de son abdomen par un grumeau sautillant et envahissant. C’est normal de flipper et de se demander si on va s’en sortir. Et c’est normal de détester un peu celles qui ont l’air tellement heureuses et en forme pendant leur grossesse qu’on les croirait droguées au jus de Bisounours. Donc mesdames (oui, ce sont rarement les hommes qui sortent de genre d’absurdités) qui jugez utile d’inviter lourdement les femmes enceintes à « profiter » de leur état, essayez de trouver quelque chose de plus utile à dire. Proposez de faire les courses par exemple. Histoire qu’on « profite » vraiment et qu’on  rattrape notre retard sur Game of Thrones.

Degré d’insupportabilité : 7/10

« Oh ça va, t’es enceinte, t’es pas malade !« 

Tout à fait. Commençons si vous le voulez bien par définir « malade ». Le CNRTL (qui est en passant l’un de mes sites préférés du monde entier) définit « malade » par : « dont la santé est altérée; qui est atteint d’une maladie, qui éprouve un malaise ». Ça me semble assez clair. Quiconque a déjà expérimenté une gueule de bois -et son mélange de nausées, vomissements, maux de tête, étourdissements et malaise général- sera d’accord pour admettre qu’on peut très bien souhaiter une mort rapide tellement on en chie, sans avoir pour autant une « vraie » maladie. (Notez au passage le choix judicieux de l’exemple et la similarité des symptômes). 

Je connais des gens qui pensent mourir dans la semaine dès que leur taux de cholestérol dépasse un peu la norme. Et moi avec mes palpitations et essoufflements, mes douleurs ligamentaires, mes nausées matinales (mais aussi vespérales voire nocturnes) et ma fatigue surnaturelle, je n’aurais pas le droit à un peu de compassion ? Je ne suis peut-être pas malade, mais ne pourrait-on pas se mettre d’accord sur le fait que ma santé est un tout petit peu « altérée » ?

Si on y regarde bien, une femme enceinte peut cumuler les symptômes de la gastroentérite virale (nausées, vomissements), de l’hypertrophie bénigne de la prostate (envies d’uriner fréquentes et réveils intempestifs associés), de l’insuffisante cardiaque (essoufflement, palpitations), de la colopathie fonctionnelles (constipation, ballonnements) auxquels on ajoute une dose variable d’insuffisance veineuse, de reflux gastro-oesophagien, de fatigue, et de problèmes cutanés.

Alors le prochain qui me dit que je ne suis pas malade :

quand on me dit que je suis enceinte, pas malade

Il se prend un gros pain dans sa mouille

degré d’insupportabilité : 9/10

« Mais y’en a au moins deux là-dedans !« 

Variante : « Vous êtes pas loin du terme, là, non ? » quand on entame à peine le 5ème mois.

On l’a déjà dit, la femme enceinte peut être légèrement susceptible, notamment pour les raisons évoquées plus haut. Par ailleurs, les variations physiques peuvent être difficiles à encaisser et, même sans prise de poids excessive, voir son tour de taille dépasser celui de Casimir est un rien perturbant. Il est donc préférable, toujours dans votre intérêt, de ne pas spéculer sur le nombre de squatteurs présents ni sur l’avancement de la grossesse. Un sobre et sans risque « et vous êtes enceinte de combien ? » sera plus sur, et permettra à votre interlocutrice, si elle est d’humeur facétieuse, de vous répondre « de mon mari seulement ». Heureuse de son petit effet, elle passera un excellent moment en votre compagnie et vous pourrez vous féliciter d’avoir contribué à son bien-être et partant, à celui d’un embryon/foetus. Ce qui n’est pas donné à tout le monde, avouez-le.

Degré d’insupportabilité : 7/10

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2 réflexions sur “Petit guide de machins moyennement appropriés à dire à une femme enceinte

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