Fausse couche, mauvais départ…

Le gynéco avait dit « ça ressemblera à de grosses règles ». Il était assez loin de la réalité.

Ça ressemblait plutôt à un petit début de travail. Des contractions. De la douleur. Un soulagement que ça se déclenche enfin. Et puis le sang, soudainement. À flot, à foison. A flipper du retour en RER tellement c’était submergeant. Avec le recul, je me dis que j’aurais du quitter le bureau dès le début des douleurs, ce vendredi-là, mais il avait dit « comme de grosses règles » alors…

Je suis rentrée à la maison, en sachant très bien que le combo tampon+serviette ne serait pas suffisant. Les douleurs se sont intensifiées. Le flux à continué, débordant, impressionnant. Et les caillots. Quand on n’a jamais été tellement en contact avec du sang, on ne sait pas à quoi ça ressemble, un caillot. Moi par exemple j’imaginais ça comme quelque chose d’un peu solide. Comme un petit caillou, voyez-vous, les deux mots sont si proches… Ça n’est pas le cas.

Une nuit et un jour à serrer les jambes, à guetter les fuites, à surveiller ce déluge en espérant  que la fin en soit proche. A appréhender le moment où « ça » sortirait. A le souhaiter tout en le craignant. A redouter la vision choquante tout en désirant ardemment qu’enfin tout se termine.

Depuis des semaines déjà nous savions. La visite qui aurait du nous montrer le petit coeur n’avait révélé qu’un nid vide. Les prises de sang avaient fini par confirmer l’absence, alors que les symptômes de grossesse, les symptômes réels de cette grossesse fantôme, s’estompaient. Mais rien ne se passait. Enceinte de rien. Pendant des semaines. Enceinte de rêves déçus, de projets abandonnés.

On a choisi de ne pas accélérer le processus par des médicaments, et de laisser faire la nature. On a attendu les « grosses règles ».

Une nuit, un jour et encore une nuit, à attendre la fin de cette grossesse. A avoir peur que l’hémorragie ne cesse pas, qu’une intervention soit nécessaire… cette « révision utérine », dont le nom usuel -curetage- est aussi moche que ce qu’il représente.

Finalement c’est le docteur qui a permis au processus de se clore, en un dimanche matin bien gris. Lui qui a dégagé le placenta qui était bloqué dans le col, et qui provoquait cet afflux, encore et encore. Douleur, déluge et doutes se sont effacés progressivement. Ne sont restés que la fatigue et le vide. Et bientôt l’espoir, l’optimisme, la vie, ont repris le dessus.

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Voilà. J’ai fait une fausse couche, l’année dernière. Si j’en parle aujourd’hui, alors que peu de gens le savent dans mon entourage, c’est justement parce que c’est une chose dont on n’a pas très envie de parler. Pas le genre d’événement sur lequel on s’étale. Un peu tabou, assurément triste.

Et pourtant, c’est tellement fréquent.

Alors l’autre jour quand, dans la sitcom étatsunienne VEEP, j’ai entendu le personnage principal balayer les questions sur sa fausse-couche d’un « Oh ça va, c’était comme de grosses règles »… je me suis dit que ça n’était peut-être pas la façon la plus pertinente de traiter du sujet. Ni la plus utile. Ni la plus vraie.

D’où ce post.

 

 

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4 réflexions sur “Fausse couche, mauvais départ…

  1. je découvre ton joli blog et ton texte qui m’a beaucoup touché comme toi je suis passer par là à deux reprises même si pour moi les choses se sont passées différemment (j’ai eu le droit au fameux curetage à deux reprises, ce qui n’a pas aidé au traumatisme, mais en même temps ça disparaissait vite dans le corps mais pas dans la tête…)je n’avais pas encore d’enfant et la douleur était profonde et l’obsession d’être à nouveau enceinte grandissante. Aujourd’hui je suis maman d’une adorable petite fille et j’attends la deuxième 😉 quelque par en passer par là m’a permit de réaliser la chance que j’ai aujourd’hui de les avoir, alors non cela ne se résume pas à des grosses règles (au secours!!), on ne peut pas banaliser ce type d’événement, il faut être bien entouré dans ces moments là, pour ne pas culpabiliser.
    Belle journée à toi et à bientôt 😉

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  2. Merci pour ton message ! Je compatis sincèrement, car je sais que dans ce malheur nous avons eu de la chance : nous avions déjà deux enfants, on savait donc que ça « marchait »… et le curetage a été évité. Il aurait tant à dire sur ce sujet, sur la culpabilité que tu évoques, sur la peur, sur le traumatisme. En tout cas je suis heureuse pour la bientôt double maman que tu es et j’espère que ta grossesse se passe bien ! Très belle journée, à bientôt !

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