J’aime/j’aime pas : être enceinte

Mais oui, être enceinte, c’est une expérience merveilleuse… Et c’est aussi, de temps en temps, un tout petit peu à chier.

Faut dire ce qui est : avant, on en a très envie, mais pendant, on a parfois surtout envie que ça se termine. Pourquoi ? La réponse en Jaime/J’aime pas.

J’aime : savoir que je porte une vie dans mon ventre. C’est un peu abstrait au début, mais dès qu’on le voit à l’écho, et surtout dès qu’on le sent bouger, on réalise à quel point c’est hallucinant, de porter son petit comme ça, de le couver 9 mois jusqu’à ce qu’il soit prêt à sortir. Ça a un côté totalement magique, presque surnaturel, que dans une société où tout se dématérialise, se numérise, s’automatise, on en soit encore à donner la vie de cette façon si primitive. En tout cas moi, ça m’émerveille à chaque fois.

J’aime pas : le côté Alien de la chose. Parce que sincèrement, quand on commence à se faire botter le foie, pousser les côtes de l’intérieur et écraser la vessie, on réalise avec précision qu’un être vivant a emménagé là en bas, et ne se gêne pas pour refaire la déco au passage. Et vazy que je m’étire, que je me retourne, que j’ai le hoquet. On a jamais vu squatteur moins discret.

J’aime : avoir eu la possibilité de tomber enceinte. Sans trop galérer, en plus. Parce que je vois la douleur et la frustration chez ceux qui n’y parviennent pas. Parce que même si on a très peu attendu à chaque fois, j’ai senti cette urgence et guetté le test positif avec fébrilité. Je mesure ma chance. Ça ne m’empêche pas de râler, mais je mesure ma chance.

J’aime pas : L’obligation de grossesse. Je veux dire par là que si on veut un bébé, dans un couple, c’est forcément madame qui s’y colle. Avec tout ce que ça entraine de désagréments au niveau physique, social, professionnel, etc. Je sais bien que c’est l’ordre des choses, mais ça n’en est pas juste pour autant. Voilà.

J’aime : Ne jamais être seule pendant 9 mois. Mon petit, mon tout-petit qui se rappelle à moi d’un coup de pied ou de coude. Qui me fait sourire dans le RER, me fait défroncer les sourcils au bureau, m’accompagne dans le sommeil, qui interagit déjà à sa façon.

J’aime pas : Ne jamais être seule pendant 9 mois. Mon petit, mon tout-petit, qui ne me laisse pas de répit. Gigote quand je fais pipi, me réveille la nuit, se rappelle à moi quand je me fais câliner par mon mari… Vous croyez que c’est facile de se concentrer sur un article quand on se fait shooter les intestins ? Aisé de trouver le sommeil quand le petit squatteur a le hoquet ?

J’aime : Être en fusion avec mon enfant, totalement. Je sais toujours où il est et comment il va, je le sais dans un environnement sur, protecteur, étudié pour répondre à ses moindres besoins. Il ne connait ni la faim, ni la soif, ni le froid ni la peur. Le stade ultime et primordial de la maman poule, c’est bien le moment où le poussin est encore dedans…

J’aime pas : Être en fusion avec mon enfant, totalement. Il mange ce que je mange, boit ce que je bois, ingère ce que je respire… si je suis son rempart et sa protectrice, je suis aussi le vecteur de tous les dangers. Ces sashimis me font envie mais… ça n’est pas prudent. Je me vernirais bien les ongles mais… je crains les solvants. Et la mayonnaise maison, et ce verre de cidre et ce chat que j’aimerais caresser… Durant 9 mois, je ne m’appartiens plus vraiment, je me dois de penser à lui avant moi.

J’aime : ne pas perdre mes cheveux pendant 9 mois, voire plus. Bon, bien sur ils font des trucs bizarres. Comme d’être très gras, puis super brillants, puis ils semblent changer de couleur. Etrange, mais finalement pas plus étrange que des tas d’autres trucs dans le corps d’une femme enceinte. Si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi la ligne brune verticale sur le ventre, par exemple, je suis preneuse.

J’aime pas : perdre tous mes cheveux quelques temps après l’accouchement. Parce que c’est flippant, déjà. Pis parce que les coiffeuses en profitent pour essayer de me fourguer tous les produits anti-chute qu’elles peuvent. Pis parce que encore après, il y a des bébés cheveux qui repoussent, et que c’est RIDICULE !

J’aime : bénéficier d’une bienveillance quasi-universelle. Globalement, les gens aiment les femmes enceintes, et y font plutôt attention. La boulangère est plus aimable, les voitures s’arrêtent plus volontiers pour me laisser passer, et évidemment je voyage assise même dans les RER les plus bondés. On me demande comment je vais, on compatit quand il fait chaud, on s’intéresse à mon cas. Je suis un trésor national.

J’aime pas : devenir un bien public. Si les gens aiment généralement les femmes enceintes, ils se sentent aussi très protecteur vis-à-vis d’elles, voire intrusifs. On me questionne, on m’interroge, on m’explique, égrenant au passage un chapelet de trucs et machins totalement inappropriés à dire à une femme enceinte… quand on ne pose pas carrément, et sans me demander mon avis, une main sur mon ventre. Alors bien sur, je suis ravie de faire l’objet d’un grand élan d’amour collectif… mais si on pouvait respecter mon espace vital, ça serait pas mal.

J’aime : voir de quoi est capable un corps féminin. Quand on pense qu’un utérus passe en 9 mois de la taille d’une petite poire à celle d’une foutue pastèque… et inversement après l’accouchement ! Quand on constate à quel point tout s’adapte pour favoriser le développement de l’embryon puis du foetus. Quand on sait que la grossesse revient à abriter en son sein un autre être vivant, avec un groupe sanguin potentiellement différent, des antigènes étrangers… c’est une greffe parfaitement tolérée ! C’est carrément fascinant, non ?

J’aime pas : constater les dégâts. Fabuleux, ce que fait le corps féminin pour porter la vie, mais quand même, qu’est-ce qu’on peut morfler ! Pendant, déjà, avec tous les « petits désagréments » de la grossesse, des nausées aux brûlures d’estomac, des hémorroïdes aux insomnies. Et sur le long terme avec les traces visibles que sont varices, vergetures, excédents de gras ou de peau, cicatrices de césarienne ou d’épisiotomie… et les traces invisibles comme les troubles musculo-squelettiques et autres syndromes du canal carpien. Bien sur nous ne sommes pas toutes égales devant la grossesse et ses stigmates. Mais la majorité des mamans ressemble quand même plus à ça qu’à Miranda Kerr, faut bien le dire !

J’aime… j’aime pas… j’adore… je râle… et puis là je profite, parce que c’est pile la bonne période.

Et vous, être enceinte, vous aimez ou pas ?

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6 réflexions sur “J’aime/j’aime pas : être enceinte

  1. Je déteste ça 🙂 Et c’est grâce à mon sage femme que j’ai pu découvrir qu’on avait le droit !
    Je mesure ma chance, bien entendu. J’aime avoir des enfants, tellement qu’une fois qu’ils sont là je m’en occupe à temps complet. Mais j’aime pas les faire… Je suis grosse, j’ai mal au dos, je suis pas seule dans mon corps… Et en plus il va falloir accoucher haha.
    Non vraiment, c’est uniquement parce que si je le fais pas, ben personne va le faire à ma place 😀

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  2. Oh que je partage tout ce qui est dit !
    Quand je vois mon Bébédoux (13 mois), j’ai aimé une partie de ma grossesse (et je me rappelle de moments EXTRAordinaires).
    Mais quand je regarde mon corps aujourd’hui qui a du mal à récupérer, j’aime moins (et je me souviens aussi d’instants interminables au-dessus des WC les 3 premiers mois, les maux de dos, le ventre qui tire, l’accouchement, la césarienne en urgence et ses conséquences…) 🙂

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