Réforme du congé parental : une belle leçon d’hypocrisie politique

C’est la crise, d’accord. Il faut faire des économies, ok.

Je veux bien comprendre que des efforts soient nécessaires et que certaines aides soient revues à la baisse.

Mais qu’on essaie de nous faire passer ça pour des mesures visant à l’égalité des sexes, franchement, ça a légèrement tendance à me faire sortir de mes gonds.

Après avoir décidé que le congé parental devait obligatoirement être partagé pour bénéficier des aides jusqu’au bout, à raison de 6 mois pour le deuxième parent… voilà que le gouvernement souhaite aller plus loin dans « l’égalité entre les parents » et imposer une répartition à 18 mois chacun (ou à 24 mois/12 mois, ça n’est pas encore tranché).

En pratique, cela signifie que pour bénéficier de l’aide de la Caf (aide appelée autrefois CLCA, rebaptisée Preparee) jusqu’aux trois ans de l’enfant (à partir du deuxième enfant, parce que pour le premier c’est plus court), il faudra que les deux parents se mettent en congé parental tour à tour.

« Pour que les pères prennent une plus grande part au congé parental et que les mères ne restent pas éloignées trop longtemps du monde du travail ».

Sérieusement ?

Parce que c’est bien connu : dans un couple, les deux gagnent toujours la même chose. Ça n’est pas comme si le parent qui prenait le congé parental était généralement celui qui gagne le moins. Évidemment, si c’est la maman qui prend un congé mater, c’est à cause de l’instinct maternel… pas parce qu’elle a un salaire inférieur. 

Et puis au-delà du salaire, celui qui s’arrête ou diminue son temps de travail, c’est celui qui a un job qui le lui permet. Passer à temps partiel ou arrêter carrément pendant un an ou plus, ça n’est pas possible à tout moment, dans une carrière (et ce quel que soit le sexe).

Donner la possibilité de partager le congé parental pour que chacun puisse prendre part à l’éducation des enfants, ça me semble parfaitement normal. Mais obliger les familles à partager ce congé parental sous peine de perdre les aides financières ? C’est nier la réalité du monde du travail, ni plus ni moins.

Mais le pire à mes yeux, c’est cet argument de « permettre aux femmes de retrouver le monde du travail plus rapidement ». Heu… les gens du gouvernement… Je suis peut-être en congé parental, MAIS JE BOSSE, MOI. Je ne suis pas éloignée du monde du travail : je travaille. 

Pour pouvoir m’occuper de mes enfants, pour profiter d’eux (et ne serait-ce que les voir dans la semaine), pour payer un peu moins cher de nounou aussi, je travaille à 80% depuis la naissance de mon aîné. Et je suis très reconnaissante à l’Etat de m’avoir aidée financièrement à le faire, en me versant pendant 6 mois après la naissance du Grand, et depuis maintenant 2 ans pour le Petit, une aide mensuelle qui met clairement du beurre dans nos épinards.

Et maintenant, avec cette réforme, on me dit que pour éviter que je sois trop coupée du monde du travail, on va me sucrer ces aides ? C’est con, hein, j’avais pas remarqué que je m’étais éloignée de ma carrière, moi. Faut dire qu’en travaillant, ça saute pas aux yeux. Non mais c’est pas grave, parce que de toute façon quand j’en bénéficierai pour la Mini Mouflette, le montant que je percevrai sera déjà diminué de moitié. Et puis ça tombera à un super moment, puisque on va aussi voir les allocations familiales diminuer, tout comme le complément du libre choix du mode de garde. 

Voilà voilà. Sous prétexte de favoriser l’égalité homme-femme, le gouvernement prend des mesures purement économiques. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, ces mesures ne vont pas pousser les pères à demander en masse leur congé parental. Tout ce qu’elles vont faire, c’est générer plein d’économies (que la Cour des Comptes a déjà chiffrées, admirez le cynisme de la chose). Elles vont aussi mettre un paquet de familles dans la mouise, parce qu’elles n’auront plus d’aides, mais pas non plus de mode de garde pour que la maman puisse reprendre le travail avant que le petit entre à l’école. Ou dans le cas de familles comme la notre, elles vont juste rendre le quotidien un peu plus compliqué à gérer.

Alors ok, les gens du gouvernement, révisez le quotient familial, diminuez les alloc’, revoyez donc les aides de la Paje à la baisse, augmentez les impôts… faites ce que vous avez à faire. Mais ne faites pas semblant de tenir au principe d’universalité des aides alors que les classes moyennes se font éreinter. Et n’essayez pas de nous faire croire que c’est pour l’égalité des sexes !

balance

 

réforme congé parental

Quelques repères :

Le congé parental est un dispositif qui permet à un parent de réduire son temps de travail afin de s’occuper de son ou ses enfants. En pratique, à la naissance ou l’adoption d’un enfant, un des deux parents peut demander à son employeur à diminuer son temps de travail hebdomadaire. La demande est faite pour un an, renouvelable deux fois, soit trois ans au total. Le salarié peut alors s’arrêter totalement de travailler (congé parental à temps plein) ou travailler à temps partiel (congé parental à temps partiel).

Quand le parent est en congé parental, il peut percevoir une aide de la CAF. Jusqu’à maintenant, ça s’appelait le complément de libre choix d’activité (CLCA) qui fait partie de la Paje (prestation d’accueil du jeune enfant). Ça s’appelle à présent la prestation partagée d’éducation de l’enfant (Preparee).

Cette prestation est versée pendant 6 mois maximum (ou un an maximum) pour le premier enfant, et 3 ans maximum à partir du 2ème enfant.

Pour les enfants nés après le 1er avril 2014 , les deux parents doivent partager le congé parental pour que la prestation soit versée pendant la durée maximale, à raison de 6 mois pris par le deuxième parent.

Pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2015, la répartition de 6 mois/6mois est inchangée pour le premier enfant, et va passer à 18/18 mois ou 24/12 mois à partir du second enfant.

Capture d’écran 2014-10-18 à 23.28.05

réforme congé parental allocations familiales

intégralité à lire ici

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4 réflexions sur “Réforme du congé parental : une belle leçon d’hypocrisie politique

  1. Au lieu de payer un congé parental pendant les 18 mois qu’ils grattent, ils vont payer les aides pour la nounou, du coup je vois vraiment pas bien l’intérêt. Et pour ceux qui vont pas trouver de nounou, c’est à dire beaucoup, il faudra payer le chômage de la maman qui aura dû quitter son boulot. Ça se présente bien cette idée, non ? 😉

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