Allaitement : quelques conseils pour un démarrage en douceur

L’allaitement… la chose la plus naturelle au monde ? Mon oeil, ouais !

Nourrir son enfant au sein, même si c’est ce qu’a prévu la nature et ce qui est pratiqué depuis la nuit des temps, peut être source d’inquiétude, de douleurs et de divers autres désagréments. En fait, ça peut carrément être pénible.

C’est la troisième fois que je démarre un allaitement. Et même si ça se passe très bien (cette fois-ci) le chemin n’est pas pavé de roses. Même un allaitement qui commence au mieux comporte son lot de petits tracas, que l’expérience permet de surmonter. Du coup je me suis dit que partager ces choses que j’ai apprises au fil de mes allaitements serait peut-être utile à celles qui donnent le sein pour la première fois.

L’enjeu des premières semaines d’allaitement, c’est d’établir une lactation suffisante pour nourrir le bébé aussi longtemps qu’on le souhaitera, sans que ça soit douloureux pour la maman. Souvent, la jeune mère (un peu déphasée, chamboulée, et forcément fatiguée) rencontre un ou plusieurs problèmes lors de son allaitement et ne trouve pas l’aide nécessaire pour les régler. Le soutien n’est pas toujours présent, surtout si on n’a personne dans son entourage qui a allaité. Les génération précédentes ont eu massivement recours au biberon, les clichés sur l’allaitement circulent encore (ça abîme les seins, ça fatigue, et autres bullshit…), ce qui pousse parfois l’entourage à encourager la mère à passer à l’allaitement mixte (ce qui n’aide vraiment pas) ou au bib. Ce qui ne serait pas un problème si ça ne laissait à la jeune mère un sentiment d’échec ou d’inachevé.

Allaiter demande un vrai investissement de la part de la maman, et nécessite de faire des efforts. A mon sens ça en vaut largement la peine… Bref si vous voulez allaiter, voici une liste de conseils pour vous rendre les semaines de démarrage plus douces et faciles, j’espère !

Commencer le plus tôt possible : pour que l’allaitement démarre bien, l’idéal c’est de commencer directement après la naissance. A noter que c’est possible (et que ça fonctionne) aussi bien après un accouchement par voie basse qu’après une césarienne. En plus c’est génial de voir un nouveau-né âgé de quelques minutes ramper pour trouver le sein… Pensez à la préciser dans votre projet de naissance ou à le dire à la sage-femme.

Vivre collé à son bébé : la cohabitation 24h/24 pour faire clair ! Pour que la lactation démarre bien, il faut pouvoir répondre aux sollicitations du bébé, donc être près de lui en permanence. Pas de nurserie à la maternité, donc… L’allaitement, c’est aussi se rendre disponible à tout moment. Il semblerait par ailleurs que plus on pratique le peau-à-peau avec un nouveau-né plus on réduit les risques d’engorgement (en plus de plein d’autres bénéfices) donc autant vivre vraiment collé à son bébé si on peut ;D

Allaiter à la demande : durant les premiers jours, on propose le sein dès que le bébé est éveillé, et par la suite on s’adapte à son rythme. Un bébé qui a faim ouvre la bouche, suce ses mains ou ses doigts, cherche le sein. Dès qu’il se manifeste, il faut pouvoir lui proposer le sein, c’est ainsi qu’on stimule la lactation. Du coup c’est vrai que c’est prenant. Au départ, 10 à 12 tétées par jour, ensuite 8 environ…

Laisser tomber la montre : surtout, surtout, n’écoutez pas les gens (y compris dans les équipes soignantes à la mater) qui vous donnent des durées ou des horaires de tétée. « Attendre au minimum 2 heures entre chaque tétée » ou « pas plus de 15 minutes au sein », c’est portnawac. S’il y a un truc que font parfaitement bien les bébés, c’est savoir ce dont ils ont besoin. Ils tètent quand ils ont faim, parfois aussi juste pour se rassurer et faire un câlin, mais c’est toujours un vrai besoin de leur part. Parfois ils laissent passer 5 heures, parfois juste une, et il n’y a pas plus de raison de réveiller un bébé pour le nourrir que de le faire attendre alors qu’il réclame. Si votre bébé est en bonne santé, si il est né à terme, faites-lui confiance, il sait ce qu’il lui faut.

Ne pas donner de complément de lait artificiel : parfois inquiètes de ne pas « produire assez » ou pour pouvoir se reposer quelques heures, les mamans proposent (ou acceptent qu’on donne) à leur nouveau-né un biberon en complément. Le hic c’est que du coup le bébé aura moins faim et ne stimulera pas le sein, et en plus il risque de s’habituer à la facilité du biberon (le lait coule tout seul, alors qu’au sein ça demande un effort !). A éviter, sauf cas d’urgence.

S’installer confortablement : coussins, coussin d’allaitement, n’ayez pas honte de rechercher le confort. Un bébé a beau ne pas peser lourd, devoir le porter sans soutien pendant de longues minutes entraine rapidement des crampes et crispe les bras et le dos. Prenez tous les supports nécessaires pour que bébé soit à hauteur de sein sans que ça vous fatigue.

Aider bébé à ouvrir la bouche : pour téter, le bébé doit prendre une grande partie de l’aréole en bouche, et pas seulement le téton. Si il n’ouvre pas assez le bec, il va pomper moins efficacement, ne drainera pas bien le sein (ce qui peut causer des engorgements) et vous fera mal (crevasses). Si vous voyez qu’il n’ouvre pas assez la bouche, aidez-le en appuyant doucement sur son petit menton puis approchez-le pour le coller au sein. Le menton et le nez doivent toucher le sein de chaque côté, avec les lèvres bien ourlées de part et d’autre.

Surveillez l’engorgement : entre le 3ème et le 6ème jour a lieu la « montée de lait ». Après avoir produit du colostrum au début de l’allaitement, le sein si il est suffisamment stimulé commence à produire du lait. Tendus, lourds, les seins se « gorgent » de lait. Il s’agit d’un engorgement physiologique, normal, qui doit passer en quelques jours, le temps que les seins adaptent leur production à la demande du bébé. Les têtées permettent de soulager la tension, puisque bébé « vide » le sein tété. Cette phase peut être franchement inconfortable, voire douloureuse, et doit être surveillée. Si l’engorgement est trop important, si il dure trop longtemps, il peut en effet déboucher sur un engorgement pathologique avec risque de canaux bouchés ou de mastite. En plus des seins trop tendus sont difficiles à têter. Du coup c’est un cercle vicieux : bébé n’arrive pas à prendre le sein, donc il ne le « vide » pas bien, l’engorgement augmente, etc.

Si la douleur est intense, si après avoir donné le sein celui-ci reste dur et douloureux, si des plaques rouges apparaissent, si un point particulier fait très mal… ça risque de dégénérer. Dans ce cas n’attendez pas et faites votre possible pour vous soulager et éviter les complications. Pour ça pas de miracle, il faut vider le sein, soit en comptant sur bébé, soit en le massant, soit avec un tire-lait (mais avec modération, ça a tendance à stimuler la production encore plus).

Masser ses seins au besoin : si ils sont douloureux et très tendus, il existe des méthodes de massage très efficace, qui permettent de soulager la tension, le but étant de faire couler du lait pour vider un peu les seins jusqu’à ce qu’ils redeviennent souples. Ça peut être indispensable si les aréoles sont tellement congestionnées que le bébé n’arrive plus à téter. L’eau chaude (sous la douche ou grâce à des compresses) aide et facilité l’écoulement.

J’ai trouvé ces images sur l’excellent site allaitement-jumeaux, qui explique très bien ici ce qu’est l’engorgement et que faire dans cette situation.

massage sein engorgement allaitement massage sein engorgement allaitement

 

Le site de la leche league (lll) est aussi plein de documentation sur le sujet.

Prendre soin de ses tétons : très sollicités, les bouts de sein peuvent devenir douloureux. Prenez soin de les laisser sécher à l’air libre après la tétée, puis de les enduire d’une pommade bien grasse (j’aime bien Purelan, on n’a pas besoin de laver le sein avant la tétée suivante). On peut aussi étaler quelques gouttes de lait maternel et laisser sécher. Ils peuvent aussi être sujets à des crevasses, qui transforment vite l’allaitement en calvaire. La bonne position de succion du bébé aide en général à prévenir ces crevasses, mais si elles surviennent quand même il existe des solutions. Les pads hydrogel Medela soulagent bien, mais il est aussi possible d’utiliser des bouts-de-sein en silicone pendant la tétée, le temps que ça se calme.

Alterner les seins : pour qu’ils soient stimulés à peu près pareil, il faut penser à les alterner d’une tétée sur l’autre. Si bébé ne prend qu’un sein à chaque tétée, c’est facile, on fait une fois le droit, une fois le gauche. Si il prend les deux, il suffit de commencer la tétée par le sein qui avait été pris en dernier lors de la tétée précédente (on commence par celui avec lequel on avait fini). Le plus dur est de trouver LA bonne astuce pour se souvenir du côté tété en dernier… certaines utilisent une épingle à nourrice, d’autres changent une bague de côté… pour moi c’est la bague d’allaitement Poup’ké ;D

bague allaitement poup'ké

 

Choisir le bon soutien-gorge : brassière ou soutien-gorge, t-shirt ou rien du tout… peu importe du moment que les seins ne sont pas comprimés. Le principal, c’est vraiment que le vêtement choisi ne « coupe » pas le sein, ce qui bloquerait la circulation du lait dans les canaux et provoquerait un engorgement.

Se faire aider : en cas de souci, de doutes, si besoin de soutien ou de conseils, ne pas hésiter à aller chercher de l’aide ! Mais encore faut-il savoir à qui s’adresser… A la maternité les puéricultrices sont là mais il faut avouer qu’au sein d’une même équipe les discours peuvent être très divergents et les conseils plus ou moins avisés. Idem en libéral, ou avec les pédiatres. Mieux vaut s’adresser à des spécialistes de l’allaitement maternel. Les PMI organisent souvent des réunions autour de l’allaitement, la leche league propose une ligne téléphonique avec une conseillère de permanence. Et puis il y a les copines… ou les blogs ?

allaitement maternel

 

Voilà pour les indispensables et les astuces que j’ai pu glaner durant mes allaitements… j’ai encore pas mal à apprendre je crois donc j’essaierai de mettre à jour au fur et à mesure. Bon courage à celles qui débutent, et si il y a des mamans allaitantes chevronnées parmi les lectrices, n’hésitez pas à partager aussi vos conseils, je vous en serais très reconnaissante.

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20 réflexions sur “Allaitement : quelques conseils pour un démarrage en douceur

      • Merci pour cela Amélie, tous les conseils sont bienvenus! Depuis quelques jours mon bébé est affamé donc elle prend presque systématiquement les 2 seins à chaque fois. Et pas de règle pour l’écart entre 2 tétées puisqu’elle m’a fait une grosse crise de larmes dans le bain hier soir alors qu’elle avait mangé 1 heure avant. En fait elle avait à nouveau faim…et moi j’en étais malade qu’elle ait pleuré à plein poumons… 😦

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  1. C’est bien vrai tout ça ! Et surtout, surtout, ne pas écouter les pédiatres qui disent qu’il faut restreindre les bébés. Les enfants, ils deviennent obèses parce qu’on leur donne des kinder et des nuggets, pas parce qu’ils ont tété à la demande le lait maternel 😉

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  2. Merci Amélie pour ton article ! Je vis pour ma part l’allaitement comme un échec total. Plus de lait 1 semaine après l’accouchement mais je pense que la fatigue, le stress, la peur, l’énervement de ne pas y arriver n’ont rien fait pour favoriser cela.
    On retentera au prochain bébé ! En attendant, je suis plus sereine comme ça 🙂

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  3. Merci de ces conseils, supers rappels que je garde en tête avant de me relancer dans l’aventure !
    Juste une petite interrogation sur le point « laisser tomber la montre… un bébé peut laisser passer 5h « , je me souviens que j’étais allée me promener en écharpe quelque temps après la naissance, et que, miracle, ce qui n’arrivait JAMAIS, mon bébé avait dormi pendant toute la ballade ( 4-5h). J’en avais profité sans me poser la moindre question, persuadée aussi que s’il avait faim, il se réveillerait et réclamerait. Je n’ai pas du tout pensé en revanche que l’allaitement se faisait à deux et donc que je risquais d’être impactée aussi ! 5h ont suffi pour entraîner un engorgement violent et le cercle vicieux que tu décris, mastite à la clé, une ho-rreu-r pendant 4-5 jours. Donc je me trompe peut être, mais maintenant je ne laisserais plus passer 5h, ou bien je le réveillerai pour une tétée, ou bien j’essaierai de faire couler le lait ( mais bizarrement ça n’a jamais trop marché ça, même sous la douche). Qu’en penses tu ?

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    • Tu as raison… J’ai d’ailleurs oublié de noter que c’est bébé qui sait mais qu’il ne faut pas s’oublier en route ! Moi par exemple, en cas de crevasses, je les ai toujours « déventousés » assez rapidement, pas question de souffrir le martyre pour laisser bebe tétouiller ! Faut que je complète le texte !

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      • Oui carrément, déjà j’enregistre l’image de ton article, ça me servira forcémment ! Avec le recul je trouve ça évident de faire attention aux engorgements, c’est limite du bon sens, mais quand c’est le premier enfant on découvre tout ( à ses dépens ! ).
        En tout cas tes articles me donnent envie d’accélérer les mois et de profiter déjà de ma princesse… ( enfin on en reparle quand je serai dans la phase pic de croissance-nuits de 3h- 12 tétées par jour 😉 )

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      • Oui au départ on se dit que des seins durs comme du bois, ça fait partie du process… Naives que nous étions ! Et si mal conseillées… Alors c’est une fille que tu attends ??

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      • C’est ce qu’ils nous ont dit à la 1ère écho mais chut rien d’officiel ( imagine s’ils nous apprennent a la seconde écho qu’ils s’étaient plantés ! ). J’avoue que je suis complètement gaga à l’idée d’avoir une petite paire garçon- fille ( enfin j’avais surtout peur de deux garçons si rapprochés, ce n’est pas rationnel mais ça m’effrayait un peu ). Tu comprends mieux pourquoi je gagatais devant ta déco pour ta fille ! 😉

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      • J’en suis sûre ! Tu en sais quelque chose 😉 Et on serait très heureux aussi . Mais après nos angoisses irrationnelles viennent aussi de nos histoires perso, et comme autour de moi je connais peu de frères ( ou sœurs ) très rapprochés qui s’entendent bien ( moi même avec ma sœur de 13 mois de plus , ça a toujours été une catastrophe ), ça me rassurerait d’avoir les deux . Enfin c’est un long sujet , rien a voir avec l’allaitement et je ne vais pas pourrir ton article 😉

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      • Je comprends très bien… J’aurais été vraiment flippée si notre premier avait été une fille. Et maintenant je suis si heureuse d’avoir une fille 💛💛 allez, on mise sur le rose à la prochaine écho 😄

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  4. Pingback: Comment s’habiller pour allaiter ? | Les vies d'Amélie

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