Accouchement, de quoi se souvient-on vraiment ?

La seule chose que ma mère m’ait dite au sujet de ses accouchements, c’est « dès que c’est fini, on ne s’en souvient plus ».

Ça ne me rassurait pas tellement. Ce que je voulais savoir, moi, c’est si ça faisait vraiment mal. J’en avais déduit que oui, et que sa réponse était une façon d’éluder discrètement la vérité. Genre le complot mondial des déjà-mères pour ne pas dissuader les nullipares de procréer.

Trois accouchements plus tard, je suis forcée de reconnaitre qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Ne nous méprenons pas : les contractions, ça fait un mal de chien. Et encore, je ne peux témoigner que des contractions que j’ai expérimentées, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on me pose les péridurales, et donc avant que le pire ne soit atteint. Julie Podecolle écrivait récemment sur l’accouchement sans péridurale (je vous conseille vraiment son excellent post) et parlait de ce « point de non retour, celui où tu te dis que tu vas mourir ». Je n’ai jamais atteint ce point, j’en suis restée à celui où je voulais juste buter toutes les personnes qui m’entouraient et accessoirement mon époux, responsable de mon état.

Alors oui ça fait mal MAIS ça ne fait pas partie des douleurs dont on garde un souvenir persistant. Bien sur on se souvient que ça a fait mal, foutrement mal, mais dans mon cas, évoquer le travail et l’accouchement ne me fait pas grincer des dents. J’imagine que le soulagement de ne pas avoir trépassé sur la table et la joie de tenir son nouveau-né aident grandement à oublier la galère qui a précédé.

A vrai dire, je garde un souvenir bien plus désagréable des suites de mon premier accouchement (merci l’épisiotomie), ou des douleurs ligamentaires que j’ai subies durant la majeure partie de ma seconde grossesse.

Mais alors on se souvient de quoi au juste ?

Je dirais de tout, mais avec parfois des choses qui passent bizarrement à la trappe.  De petits détails vont rester gravés profondément, quand d’autres qui pourraient sembler importantes sont totalement éludées. Par exemple lors de mon premier accouchement, j’ai complètement occulté le fait que la sage-femme ait demandé à Cher&Tendre de m’appuyer sur le ventre pour aider à la descente du bébé. C’est lui qui me l’a rappelé (appris ?) le lendemain. Toute à mon effort pour pousser, j’ai purement zappé cette expression abdominale (une pratique interdite par la HAS, d’ailleurs, et qui peut être cause de nombreuses complications).

Comme souvent dans les moments importants et chargés d’émotion, je dirais qu’on garde en mémoire une ambiance, un ensemble de sentiments, une impression globale au sein de laquelle émergent des détails et des anecdotes. L’excitation du début du travail, le velours de la banquette sous mes doigts pendant les contractions, la peur de ne pas y arriver, la reconnaissance envers l’anesthésiste après la péridurale, l’accent de l’aide-soignante, l’odeur du café quand mon amoureux allait se ravitailler, la sensation du liquide amniotique qui coule à chaque mouvement, un mélange de joie, d’appréhension et puis la surprise, immense, du bébé parfait qu’on a enfin sur le ventre.

Bien sur plus l’accouchement se déroule sans accroc, plus on en garde un « bon »souvenir, mais quoiqu’il en soit, la tempête d’émotions qui suit l’arrivée d’un bébé se charge de reléguer un peu le travail et l’expulsion au second rang.

Accoucher est une expérience incroyable, qui peut laisser un souvenir merveilleux comme un arrière-goût de cauchemar, en fonction de son déroulement. Avec le recul, je vois surtout l’importance de dire ce qu’on souhaite ou pas, et l’impact positif que ça a sur le souvenir qu’on en garde. Il est facile de se sentir « dépossédé » dans le contexte ultra-médicalisé des maternités. On nous installe, nous barde de capteurs, et la femme enceinte devient spectatrice plus qu’actrice de son accouchement.

Au final, je dirais qu’on se souvient de beaucoup de choses après un accouchement, mais que ce n’est peut-être pas le plus important. Certaines femmes embrassent l’expérience de façon mystique, d’autres doivent subir une césarienne imprévue et le vivent très mal. Mais ce n’est qu’un passage. Bien sur on aimerait toutes que ces heures nous laissent un bon souvenir, mais même si ce n’est pas le cas, l’arrivée de l’enfant tant attendu efface tout. Si j’avais juste un conseil à donner, c’est de vous exprimer. Dites ce que vous voulez, ne vous laissez pas manipuler comme un objet. Ça peut sembler tout bête mais s’approprier son accouchement, c’est déjà une façon de le vivre mieux et de se préparer de plus beaux souvenirs…

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4 réflexions sur “Accouchement, de quoi se souvient-on vraiment ?

  1. C’est assez juste. J’ai eu un accouchement très compliqué et douloureux (ventouses sans péri, ça laisse quelques traces). Je sais que lorsque je le vivais, je me suis dit que jamais je ne pensais pouvoir souffrir autant dans ma vie. Une année et des poussières après, c’est surtout les mots qui restent, ceux qui blessent et ceux qui font peur et j’ai (un peu) oublié la douleur.
    Et je pense que c’est grâce à cela qu’on trouve la force de recommencer!

    Aimé par 1 personne

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