« Ce n’est plus la même femme »

C’est une Atsem à l’école des garçons qui l’a déclaré à notre nounou : « Ce n’est plus la même femme« .

Elle a dit qu’avant, elle était toujours souriante, pleine de peps. Elle a dit qu’elle avait changé.  

Celle qui a changé, à ce qu’il parait, c’est moi.

Je me suis pris une claque, le jour où la nounou m’a raconté ça. Un aller-retour, même. Aller : le jugement à l’emporte-pièce. Retour : moi, je serais quelqu’un d’autre ?

Ça m’a contrariée d’être le sujet de bavardages, mais ça m’a aussi déstabilisée.

C’est une chose, que de faire face à la maladie de son enfant. On a essayé de tenir bon, de rester positifs. On a maintenu la famille à flot malgré les hospitalisations, les rendez-vous, la fatigue et l’angoisse. On n’a loupé ni la fête de l’école, ni la kermesse, on a fait ce qu’il fallait. On a assuré, malgré tout.

Mais se retrouver face à un miroir, tout à coup. Un miroir inattendu et non souhaité. Comment les autres me voient, moi, la maman de l’enfant « différente ». Celle qui va chercher ses garçons avec les yeux rouges, parfois. Celle qui est fatiguée, qui oublie de se maquiller et de signer le cahier, qui court.

Je croyais arriver à donner le change, au moins avec les « pas-proches », les personnes à qui on dit « bonjour-oui ça va merci-aurevoir bon weekend ! « .

Mais il faut croire que non.

« Ce n’est plus la même femme« .

Au moment où notre nounou m’a raconté ça, il y a quelques mois déjà, ça m’a fait mal. J’ai eu peur, surtout. Parce qu’elle avait raison, l’Atsem, je n’étais plus tout à fait la même. Et dans l’état où j’étais (un peu au fond de la piscine, mais sans le pull marine, si vous voyez ce que je veux dire), j’ai flippé de rester cette mère inquiète, épuisée, avec ce poids si lourd sur les épaules. Elle était où, moi ? Elles étaient où, les qualités que je me croyais intrinsèques ? Et si je n’étais plus la même, j’allais être qui ?

J’ai commencé à écrire ce post, et puis je l’ai laissé en plan. Pas envie de partager ça, je n’arrivais pas à dire ce que je voulais… je crois surtout que j’avais trop les chocottes.

Et puis les semaines ont passé. Avec des hauts et des bas, avec des progrès de la Mini, et des questions qui restent sans réponse, avec des projets qui ont vu le jour, des changements au niveau pro, les garçons qui grandissent, la vie tout autour qui évolue, des naissances, des rencontres, des échanges tellement riches, et un soupçon de philosophie.

Aujourd’hui je n’ai pas peur. Elle avait raison, l’Atsem, je ne suis plus la même femme. Je ne pense pas qu’on puisse traverser « ça », avoir tellement peur pour son enfant, son présent comme son futur, et en sortir totalement indemne. J’ai changé, surement, mais j’ai aussi beaucoup appris.

Et finalement, je suis peut-être mieux. Plus patiente, plus courageuse, plus déterminée. Consciente plus que jamais que le bonheur dépend moins de ce qui nous arrive que de ce que nous en faisons…

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22 réflexions sur “« Ce n’est plus la même femme »

  1. C’est parfois difficile d’accepter que des évènements, surtout quand ils sont durs ou dramatiques, nous changent. Je me suis souvent dit: « si ma vie n’avait pas été comme ça, je ne serais pas comme si ou je serais comme ça ». Au final, ça ne sert pas à grand chose à part remuer le couteau dans la plaie et faire remonter des choses négatives. Il vaut mieux utiliser ces expériences négatives pour être plus fort, plus sage, plus motivé, etc. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire et qu’il y a des jours où on arrive pas à passer au-delà de la colère, de la tristesse, de la peur. Mais heureusement les jours se suivent et ne se ressemblent pas….

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    • C’est exactement ça. Comme dit mon mari : « il n’y a pas d’univers alternatif où notre fille n’est pas malade », c’est comme ça, c’est tout. ça ne sert à rien de se torturer avec des « si ». Mais certains jours c’est difficile. Merci de ton passage et de ton message, je vois que certains jours pour toi aussi sont des jours de « et si »… on va essayer de ne pas en avoir trop en 2016. Bises

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  2. Les événements de la vie nous changent immanquablement… Tu parviens à tirer du positif dans la situation et c’est admirable. Courage à toute la famille !
    J’en profite pour vous souhaiter une bonne année que j’espère pleine de progrès et de réponses pour la Mini !

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    • Oui, on change, et comme on ne peut pas faire autrement… ben on va dire que c’est bien et pis c’est tout. Merci pour les encouragements, et merci pour les bons voeux ! Je te souhaite aussi une très belle année, pleine de bonheur en famille ❤

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  3. ouch… ça doit vraiment secouer, je comprends que tu aies mis du temps à réussir à en parler : la digestion est parfois longue ! Bravo d’avoir réussi à prendre le contrepied de cette remarque. C’est la meilleure solution – et à peu près la seule, en fait. Parce que planquer tout ça sous un tapis, ben ça aurait moisi sans rien donner de beau. Tu en as fait un bon compost, qui a permis à une nouvelle façon de voir les choses d’éclore.
    Moi aussi, je suis pour le recyclage, surtout des remarques qui blessent. Note bien que ça marche aussi avec les cadeaux blessants reçus à Noël (je veux dire par là ceux qui nient totalement tout ce que tu es, je ne sais pas si c’est très clair) : je suis présentement en cours de recyclage d’une grosse daube reçue à Noël 2015 (oui, bon, il faut aussi du temps pour les cadeaux pourris ;-).
    Bonne journée et la bisette à l’ATSEM et la nounou : je crois qu’en t’en parlant, elles ont peut être voulu te dire qu’elles comprenaient que ce n’est pas facile. Et j’ajoute aussi que je suis toujours la dernière à venir chercher le petit dernier à la maternelle et que je ne me maquille qu’1 jour sur 20 : je suis aussi une mère punk !

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    • Hahaha là d’un coup je t’ai visualisée avec une crête, une vieille veste militaire et des rangers… l’image est assez savoureuse !
      Un cadeau pourrave ? Genre un livre « comment chasser le buffle et s’en faire un barbecue » pour une végétarienne ? Ton histoire de recyclage m’intrigue.
      Bon, en fait, pour arriver à en parler ici, j’ai attendu d’émerger un peu. De me sentir mieux dans mes baskets en fait. Souvent c’est avec le recul qu’on s’aperçoit à quel point on avait plongé profond. J’espère bien nager en 2016, en surface là où l’eau est chaude et les poissons amicaux 🙂
      Je te fais des bises, ma punkounette

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      • ah ben mince alors, ça ne se voit donc pas que je suis punk ? Note qu’avec ma cicatrice en ce moment, je suis TRES impressionnante, comme un punk à chien mais sans chien.
        Et donc j’ai reçu pire que ton idée de livre, si, si, c’est possible. Je te raconterai par mail, pas envie de me créer des ennuis, moi !
        Merci pour tes bises, c’est toujours bon à prendre (d’autant que le dernier nain a la gastro et que du coup, on évite les bises à la maison en ce moment). Je t’en offre trois aussi, garanties passées au gel hydroalcoolique.

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  4. Ne pas être la même femme, dans leur bouche c’est visiblement négatif… mais en réalité ça ne l’est peut-être pas ou pas seulement… Le problème de la nounou et de l’ATSEM c’est justement qu’elles ne sont pas proches, elles ont vu et jugé sans savoir vraiment. Et puis leur vision de ton changement est aussi peut-être influencé par leur préjugés : tu as un enfant handicapé alors c’est forcément difficile et ça va forcément moins bien, le changement est forcément négatif…
    En tout cas tu as changé c’est sûr (c’est m^me obligé !) mais il n’y pas que la fatigue et les yeux rouges (et le maquillage on s’en fout !)
    Je te souhaite une année 2016 pleine d’amour, de bonheurs petits et grands et de progrès (pour la Mini mais pas seulement…)

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    • C’est très juste, ce que tu dis. Il y a les préjugés, il y a la peur, il y a leurs propres émotions qui entrent en jeu… A chaque fois que je croise l’ATSEM en question, je me demande si elle continue à penser ça. Et finalement son jugement dépend plus d’elle que de moi. Enfin je crois…
      Merci beaucoup de ton message, et je te souhaite à mon tour une très très belle année. J’espère qu’elle t’apporterai de la joie et de la sérénité ❤

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  5. Comme si souvent, je me retrouve dans ton témoignage… En partie du moins 😉 Je ne suis pas encore capable d’aller chercher la sagesse de la situation, je t’admire beaucoup pour ça. J’ai longtemps cru être une optimiste, et aujourd’hui je me retrouve à broyer du noir en permanence. C’est dur de me dire que « j’ai changé » à ce point, en même temps je n’ai aucune idée de comment faire autrement… Pour autant, une de mes amies à qui je me suis confiée me disait récemment que « ça ne se voyait pas »… Comme quoi… Entre « assurer le quotidien » et « vivre la situation », j’imagine que nous n’avons pas fini de voguer entre les extrêmes.

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    • C’est dur de se retrouver face à un « soi » qu’on ne reconnait pas, je vois tout à fait ce dont tu parles. Il faut du temps, et parfois de l’aide, pour arriver à refaire surface, à retrouver ce qu’on pensait faire partie de nous sous les couches d’angoisse ou de tristesse. Ce qui ne nous empêche pas, dans l’intervalle, d’assurer le quotidien comme tu dis et de donner le change avec plus ou moins de succès.
      Pour « faire autrement », je crois qu’il faut y aller par petits bouts, apprécier les petits bonheurs, les noter, les consigner, les provoquer. Un sourire après l’autre.
      Et pour le fond… comme disent les alcooliques anonymes : « changer ce qui peut l’être, accepter ce qui ne peut pas l’être, et savoir faire la différence entre les deux ».
      Plus facile à dire qu’à faire évidemment. Le travail de toute une vie, probablement.
      Je t’embrasse et t’envoie tous mes voeux pour une année à venir pleine de sagesse et de beaux lotus qui éclosent magnifiquement avec les pieds dans la boue ❤

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  6. Vivre, le plus heureux comme le plus dur, c’est traverser des expériences qui nous façonnent. Qui nous font bouger, changer, évoluer, dans un sens comme dans l’autre. Vivre c’est du mouvement. Ne pas changer face à ce qui nous arrive ce n’est pas être solide, c’est être fermé. Défendu. Comme si l’on pouvait glisser sur la vie sans être érodée par les vents, fondue au soleil, dissoute dans les mers… Ce ne serait pas être un roc que de s’éviter ça, ce serait simplement être de marbre. Toi t’as du bol, t’as l’air d’être toute en pâte à modeler. Ta Mini va adorer 😀
    Belle année, Amélie !

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  7. Un joli billet qui m’émeut beaucoup. Comme il est difficile d’entendre ce genre de phrase. Surtout quand c’est compliqué … Je te souhaite de ne plus être la même, de changer, d’être triste parfois, heureuse beaucoup. Parce que c’est ça la vie finalement. Des bas qui nous permettent de savourer les hauts. Des bises.

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  8. Pas facile de trouver les mots pour te laisser un petit commentaire, mais en fait je crois que tu les as trouvé toute seule. Changer immanquablement, mais grandir tellement ! Bonne continuation sur ce chemin 😉

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