J’écris, encore et toujours

Mon premier journal a un cadenas. Inutile bien sur, mais il me rassure quant au fait que mes secrets sont à l’abri. Dans ce carnet, je parle de Rozenn, qui me manque depuis le déménagement, et de la sortie au ciné où Svetlana et Bruno se sont embrassés devant Les portes du paradis. Vous croyez que c’est facile, vous, d’arriver dans un nouveau collège en 4ème ? Alors j’écris, ce qui se passe et ce qui me fait peur. J’ai 12 ans.

Dans le grand cahier à la couverture fleurie, j’écris Caro, Yoann avec son scooter, mes nouvelles chaussures qui ont 5 cm de talons, Lisa et ses boucles blondes, le cours de sport trop nul sauf quand on a danse, les dimanches au snowboard avec Yan, mon frère et papa, Fab Fab et encore Fab, pis aussi ma mère, ma colère, mes bêtises, Suzan, Marie, Fred et les autres. Le lycée, c’est la jungle. L’enfer, c’est les autres. Et aussi un peu l’adolescence. J’ai 15 ans.

Dans le cahier couvert d’autocollants Rip Curl et Roxy, il y a un peu de sable, de la wax qui colle sur la couverture, des histoires de surf et surtout de surfers, les virées avec Céline, le bonheur d’avoir quitté la maison, les amphis de la fac, Flore, Ludivine, Anne, Clémence, Stéphanie, Sandrine, les révisions à la BU, les soirées pharma et les paillettes dans mon cou, l’accident de ma mère, le concours enfin passé, l’amour avec un grand A, la solitude avec un S sournois, la jeunesse dans son égoïsme et sa splendeur. J’ai 19 ans.

Dans le cahier orange à spirales, je range une fleur séchée, un ticket de train Ahmedabad-Porbandar, un billet de 10 roupies et une lettre d’Igor. Entre un croquis maladroit et une liste de courses, je décris du mieux que je peux la couleur du ciel au petit matin, les bruits de l’ashram, et les sentiments qui me traversent : joie, surprise, fierté, manque, sérénité, culpabilité… Ma vie m’appartient, enfin, en tout cas je m’en aperçois maintenant. J’ai 25 ans.

Je prends mon stylo, comme tous les jours, pour noter rapidement la journée de la Mini, ce qu’on a fait avec les enfants ou le film regardé en amoureux. Je noircis une page de plus dans mon journal en détaillant le bonheur que me procure ma famille, l’angoisse qui refait surface quant à l’avenir de notre fille, ou les dernières péripéties au bureau.  Je griffonne sur le carnet orange une idée de post pour le blog. Je rectifie sur word la chronologie de mon roman. Je tape sur Notes un bon mot du Petit. Je m’applique à remplir mon cahier de pleine conscience. J’ai 36 ans.

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Tous les jours ou quasiment, depuis presque 25 ans, je balance ce qui me tourmente, je consigne le beau, je me défoule et j’archive.

J’ai 36 ans, je m’appelle Amélie, et j’écris.

 

 

 

 

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18 réflexions sur “J’écris, encore et toujours

  1. Quelle constance. J’ai écrit à l’adolescence, noirci de nombreux cahiers puis à 30 ans passés j’ai tout jeté sans un regard et sans le moindre état d’âme.
    5 ans plus tard j’ai eu un enfant et j’ai repris la plume pour garder une trace de ses premières fois. Je pensais tenir ce journal jusqu’à ses un an. Il a maintenant 4 ans 1/2 et chaque jour je consigne sa vie avec un bonheur sans cesse renouvelé. Souvent je relis pour mieux me souvenir ou retrouver la magie de certains instants si éphémères.
    Un jour il le lira. Ou peut-être pas. Mais son histoire sera écrite.

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    • C’est beau d’avoir recommencé pour ton fils ! Moi aussi parfois je relis certaines choses pour revivre de beaux moments… ou juste retrouver des infos ! Mais comment tu as fait pour tout jeter comme ça ? Tu n’avais pas envie de relire ces passages là ? Tu n’as jamais regretté ?

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      • Non jamais et pourtant je les ai jetés sur un coup de tête. En fait j’avais peur de disparaître et que quelqu’un tombe sur ces cahiers remplis d’idées noires. Et puis j’y avais aussi consigné toutes mes relations amoureuses et vis-à-vis de mon mari cela me gênait car j’ai précisément cessé d’écrire en le rencontrant.

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      • Je comprends, c’est vrai que se pose la question aussi du devenir de ces écrits… Du fait de les partager ou pas. Je crois que le rôle des carnets de jeunesse, c’est surtout de nous faire du bien sur le moment…

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  2. J’ai longtemps tenu un journal intime, jusqu’à 23-24 ans je pense. Sur des carnets fermés par un cadenas, puis dans des cahiers, puis sur des feuilles volantes puis sur mon ordi. Mais un jour, j’ai arrêté parce que je savais que je ne voudrais pas relire tous ces moments difficiles de mon enfance et de mon adolescence. Il me reste un carnet, sur lequel je m’efforce de noter mes 3 petits bonheurs quotidiens, quand j’y pense…
    J’ai 34 ans (pendant 10 jours encore), je m’appelle Justine et j’écris.
    😉

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  3. Ce post me parle tellement. C’est beau, c’est doux. Je m’y vois un peu, même si je ne tiens plus de petit carnet quotidien, je continue de noter les moments importants à droite ou à gauche. Très jolie en tout cas, j’espère que tu n’arrêteras jamais d’écrire 🙂

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