La paix du ménage

Il y a quelques années, j’avais sur mon téléphone une appli sensée évaluer mon niveau de bonheur à un  instant T. Une des questions, pour évaluer ce bien-être, était « à quel point le monde vous semble-t-il chaotique et imprévisible ».

Le monde ne me semblait pas « chaotique et imprévisible » alors. J’avais deux enfants en parfaite santé, j’allais super bien à tous les niveaux. Je ne pouvais pas imaginer qu’il en soit autrement. J’étais foutrement heureuse, à tel point que ça me semblait presque indécent.

Depuis, j’ai souvent repensé à cette notion de « chaotique et imprévisible ». Après la naissance de la Mini, quand elle a commencé à être « différente » de ses frères. Quand on a été hospitalisé à Bicètre la première fois et qu’on nous a dit qu’elle était gravement malade. Quand au fil des mois on n’a pu que constater que son retard s’accentuait. Quand un médecin nous a dit du bout des lèvres qu’elle ne marcherait probablement jamais. Quand elle a été tellement malade cet été, et tant d’autres fois.

Le monde me semble désormais chaotique et imprévisible. Pas en permanence, non. Mais souvent je me retrouve démunie face à des événements que je ne maitrise absolument pas. La vie est imprévisible. Pire, la vie est injuste. Ou alors elle est bêtement, organiquement, juste : tout le monde peut se prendre une grosse tuile sur la tête, y compris un bébé qui n’a rien fait de mal, jamais. Ça arrive, c’est tout.

Avant, je pensais être « en charge » de ma vie, responsable de mon bonheur. Maintenant je sais que la façon dont je vais digérer les choses repose sur moi, mais je vois bien aussi que je n’ai pas de prise sur les événements qui peuvent nous arriver.

Et pour quelqu’un qui aime maitriser les choses, comme moi, c’est un peu difficile à accepter.

Quand je pense à l’avenir, je vois un gros, très gros flou. Je n’arrive pas à me projeter au-delà de quelques mois. Il est difficile de dire comment la Mini va évoluer. Pire, on a failli la perdre à cause d’une banale infection, et cela peut se reproduire. Allons-nous passer beaucoup de temps à l’hôpital ? Sa maladie, qui n’a toujours pas été étiquetée, fait-elle partie de celles dont l’issue est fatale à moyen terme ? Ou allons-nous vieillir avec notre bébé, puis enfant, puis adulte lourdement handicapé ?

Chaotique, et surtout imprévisible. Quel autre baton peut se prendre dans nos roues ?

Alors on se concentre sur le présent. Je m’efforce de rester ici et maintenant, le plus possible, parce que penser à l’avenir est vraiment douloureux. Peut-être à tort d’ailleurs. Quand tout à commencé à se barrer en cacahuète avec la poulette, j’aurais eu du mal à croire que finalement l’année à venir comporterait plein de joies et de bonheurs.

Je ne sais pas si j’aurais misé sur mon bonheur à ce moment-là, et pourtant j’ai été heureuse. Je sais que je le serai encore.

C’est ça, s’inquiéter : se faire du mal pour quelque chose qui n’arrivera peut-être jamais.

Alors voilà. Ici, maintenant. Et retrouver un peu d’emprise sur ce qui nous arrive. Pratiquer le yoga, débuter une formation pour peut-être changer d’avenir professionnel. Cuisiner, créer, ranger.

Mettre de l’ordre dans le chaos. Effacer les pleurs, les taches, les doutes. Laver.

Quand la Mini est partie aux urgences cet été, j‘ai rangé pendant des heures. Et je m’aperçois que cette envie de remettre en ordre revient toujours quand le chaos s’installe. J’ai besoin d’un semblant de maitrise.

La maison est loin d’être impeccable, je n’ai pas viré maniaque du ménage. Mais si l’évier est vide, les jouets à peu près rangés et que le lave-linge tourne, j’ai la douce impression d’être à jour, et d’avoir dominé un instant le chaos.

Dans une heure j’entendrai la petite musique et je saurai que la lessive est terminée.

Mon lave-linge est prévisible et c’est bien ce que je préfère chez lui.

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17 réflexions sur “La paix du ménage

  1. Le lacher prise, un poncif tellement facile à dire .. Mais C’aussi une façon de s’alléger le coeur et l’esprit pour maintenir un équilibre et donner de l’espoir, de la joie à vos 3 enfants.
    bises chaleureuses

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  2. Comme je t’admire, c’est reposant et rassurant de lire tes mots, je te souhaite beaucoup de courage, on n’en a jamais trop, et du bonheur aussi à venir, des bonnes nouvelles je l’espère sincèrement. Ta mini et le mien ont le même âge, on avait bien ri et échangé pendant nos grossesses par blog interposé, je me sens chanceuse mais tellement coupable aussi parfois, triste qu’on n’échange pas sur des sujets plus futiles 😦 Gros gros bisous et oui des moments de bonheur tu en auras plein plein d’autres, pas possible autrement quand on est quelqu’un de bien ❤

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    • ça me fait de la peine que tu te sentes coupable… mais je pense qu’à ta place je ressentirais probablement la même chose, il m’arrivait de me sentir coupable avant, avec ma vie parfaite, mes enfants magnifiques et mon bonheur éclatant. Ben moi en tout cas je ne t’en veux pas, je ne peux que me réjouir que tout aille bien pour ton bébé, et te conseiller de savourer. Merci pour les compliments et le partage et les bisous. Plein de bisous à mon tour à vous

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  3. C’est très beau ce que tu écris. La vie est souvent injuste, c’est vrai mais elle est très belle quand on sait apprécier tous les petits bonheurs. Je sais, c’est facile à dire, je ne suis pas dans votre situation. Mais des petits bonheurs, j’en ai vu beaucoup par ici… Courage !

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  4. J’ai la chair de poule en lisant les routes caillouteuses et et incertaines sur lesquelles vous avancez avec votre mini. J’ai la chair de poule devant ta force. Tu ne contournes rien, tu affrontes, tu luttes, tu vis, tu survis, tu avances, tu craques, tu pleures et tu continues. Certes tu n’as pas le choix ni la maîtrise des choses mais tu fais face et c’est ce qui permet d’affronter le jour suivant.
    Tu nous livres une vraie leçon de vie et je t’en remercie.

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  5. Le lâcher-prise. Une notion qui apparait déjà tellement floue à la base, qui devient si essentielle mais toujours si difficile à saisir quand « vraiment là il faut ». Pas facile de se réinventer quand on doit s’incliner sur le fait que non, on ne contrôle pas, et que dans ton cas ce n’est pas une simple phrase prononcée en mode café du coin. Mettre de l’ordre dans le chaos, c’est sûrement ce qui peut aider à tenir. Dans mon cas, je réflechis à l’organisation du dossier médical de mon fils, c’est bête, mais ranger/trier/archiver m’aide à prendre de la distance. Pendant ce temps là, je ne pense pas à autre chose, je suis focalisée sur ma tâche.

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  6. Ton article me fait penser à la phrase je crois utilisé par les alcooliques anonymes, « accepte ce qui ne peut etre changer et trouve la force de changer ce qui peut être améliorer ».
    Parfois, je me dis que ça doit peut être plus « facile » quand on a une grosse Foi…

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