« Les enfants volés d’Angleterre » : un documentaire terrifiant

Hier soir, j’ai regardé sur France 5 un documentaire qui m’a glacée. A vrai dire, ce matin encore j’ai du mal à croire ce que j’ai vu, tellement cela semble absurde et terrifiant.

En Angleterre, le Children Act de 1989 (période Thatcher) a inscrit dans la loi la notion de probabilité de maltraitance envers les enfants. La PROBABILITE de maltraitance. Le système qui en résulte, visant à éviter les maltraitances à venir, permet aux travailleurs sociaux de retirer un enfant à ses parents, sur présomptions.

L’objectif premier peut sembler louable : éviter que des enfants, nés dans des familles « à risque », ne subisse de dommages physiques ou psychologiques. Mais au-delà du principe déjà horrifiant de la chose, c’est quoi, une famille « à risque » ?

Un jeune couple, vivant sous le seuil de pauvreté. Les deux ont grandi en familles d’accueil. Suite aux premiers examens de grossesse, les services sociaux sont alertés. Ils prennent l’enfant 3 jours après la naissance. Bien qu’ayant fait leurs preuves en suivant un programme de parentalité, bien qu’ayant fait toutes les démarches pour démontrer qu’ils peuvent être de bons parents, ils ne récupéreront jamais leur enfant. Le jugement fait état de leur incapacité à fournir à cette enfant ce dont elle a besoin.

Une jeune femme de 22 ans reçoit le courrier des travailleurs sociaux durant sa grossesse, la prévenant qu’on lui retirerait sa fille dès sa naissance. Raison ? La soeur de la demoiselle s’était suicidée après la naissance de son premier enfant. La jeune femme s’enfuit en France, d’où elle pourra « négocier » avec les social workers la garde de sa fille, en demandant une mise à l’épreuve. Elle arrivera à garder son bébé.

Un couple emmène son enfant à l’hôpital pour une bosse. On leur annonce que le bébé a une fracture du crâne. On leur prend leur enfant. Plus tard, les parents découvriront que le rapport médical faisant état d’une fracture était faux. L’enfant n’avait pas de fracture ou d’hémorragie. En revanche les services sociaux avaient dès la grossesse placé un warning sur la mère, son médecin estimant que ses antécédents médicaux étaient trop importants et qu’elle était probablement une affabulatrice.

Un autre couple voit son petit dernier retiré de leur garde en raison d’une fracture qu’on estime causée par un tiers (eux en l’occurence). Leurs deux autres enfants leur sont pris également. A la grossesse suivante, le couple fuit pour l’Irlande… pour se retrouver avec la police anglaise au pied du lit en un rien de temps. En relative sécurité en Irlande, ou le Children Act ne s’applique pas, le couple informe la presse (en Angleterre il est interdit de parler du « retrait » des enfants) et arrive à négocier un retour en Angleterre avec mise à l’épreuve pour garder leur bébé. 5 mois dans un centre d’accueil anglais, où ils sont scrutés jour et nuit en permanence, pour enfin rentrer chez eux avec leur quatrième enfant, qu’ils ont « le droit de garder ». Et le pire ? Ils apprendront plus tard que la fracture qui avait déclenché le retrait de leurs trois premiers enfants, n’étais pas due à une maltraitance de leur part (ça ils le savaient), mais au scorbut, une éventualité qu’ils avaient évoquée à l’époque… Ils attaquent en justice pour cette erreur, ils gagnent. Mais on ne leur rend pas leurs trois premiers enfants.

C’est déjà bien horrible comme ça, hein ?

Quelque part entre Minority Report et un épisode bien glauque de Black Mirror ?

C’est pas fini…

Les enfants qui sont pris à leurs parents sont placés en famille d’accueil en attendant le jugement qui déclarera leurs parents aptes ou pas à les élever. Quand les parents sont déclarés inaptes, les enfants entrent sur le marché de l’adoption. Présentés sur des catalogues et des vidéos, ils sont mis en scène comme des produits. Des agences privées prennent le relai de l’Etat pour placer les enfants, parce qu’il y en a tellement… Et pourquoi tellement d’enfants ? Parce que les comtés ont des quotas à remplir.

Des QUOTAS. L’Angleterre établit tout simplement des objectifs chiffrés d’enfants à retirer à leur famille et à faire adopter. A l’avance. Et si les comtés n’atteignent pas les quotas, ils sont pénalisés financièrement. En revanche pour ceux qui dépassent leurs objectifs, grosses primes.

Voilà comment on arrive à un système où les parents ou futurs parents en difficulté (sans emploi, avec une maladie chronique, un passé difficile, peu éduqués…) ou jugés en difficulté (ceci laissé à la seule appréciation d’un tiers) passent de « personne à soutenir » à « risque potentiel à écarter ».

Soumis à des travailleurs sociaux tout-puissants, ils se voient retirer leur ou leurs enfant(s), et n’auront ni le droit de les voir, ni de savoir où ils vont, ni même de parler de ce qui s’est passé.

Et tout ça pour atteindre des quotas.

J’ai vraiment fini ce doc sous le choc. Je comprends que l’idée de départ était de fournir les meilleures chances possibles aux enfants. Mais déjà :  WTF ???? Ce serait comme de dire « allez, on met tous les politiques en prison parce que c’est un catégorie à risque de détournements et de malversations ». Ou « bon, on devait vous opérer de l’appendicite, mais en plus on vous a retiré la jambe droite parce qu’il y avait un poil incarné pas joli joli, on risquait la gangrène, vous comprenez… »

Et puis il faudrait quand même revoir un peu les choses avec du recul : ça n’a pas l’air de fonctionner, le système est biaisé, injuste et il produit certainement plus de douleur qu’autre chose.

Le doc a juste manqué, selon moi, de défenseurs de cette loi. Il doit bien y avoir quelque part des personnes persuadées de son bien-fondé, et j’aurais aimé les entendre… Ne serait-ce que pour penser que tout n’est pas pourri au royaume de toussa toussa.

Un doc que je vous conseille, à revoir en Replay pour encore 6 jours ici.

Les enfants volés d’Angleterre, de Stéphanie Thomas et Pierre Chassagnieux

Critique de Télérama ici , Article du Monde ici

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Bethany, qui a fui l’angleterre enceinte pour avoir une chance de garder son bébé

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18 réflexions sur “« Les enfants volés d’Angleterre » : un documentaire terrifiant

  1. Bonjour Amélie,
    Glacant en effet ce reportage d’hier soir, j’en avais le coeur serré .. sinon dans un autre genre qui fait du bien, je te conseille un vrai coup de coeur, un doc passé hier soir en 2eme partie sur France2 « à voix haute ».

    bises

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  2. Je n’ai pas regardé ce documentaire mais j’en ai pas mal entendu parler. Je ne sais trop qu’en penser, en étant de l’autre côté des choses. Je reçois chaque jour des enfants dont on se dit qu’ils n’ont pas eu la chance de naître dans la bonne famille (père alcoolique, mère négligente, parents violents, et j’en passe). En France aussi, il y a des « alertes » sur certaines familles et pourtant ça n’empêche pas des drames d’arriver et de se demander pourquoi les services sociaux – qui étaient au courant – ne sont pas intervenus plus tôt.

    Aimé par 1 personne

    • Oui j’ai beaucoup pensé aux assistantes sociales « de chez nous » pendant le doc … et j’ai aussi beaucoup pensé aux enfants maltraités, qui pourraient légitimement se dire que ce dispositif aurait pu leur épargner bien des souffrances. C’est pour ça que des témoignages « pro-children act » manquaient, à mon sens, au doc.

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  3. J’ai pas mal de copines anglaises qui ont eu des enfants, et dont certaines rentreraient dans ces catégories, et pourtant, malgré mes nombreux séjours là-bas, je n’en ai jamais entendu parler. Ca doit vraiment être un sacré tabou… faire des quotas d’enfants à retirer pour remplir les agences d’adoption, où va-t’on ? Mais c’est vrai que là bas, c’est plus facile d’adopter, ils sont toujours étonnés quand je leur dis qu’ici c’est très complexe, on ne peut pas adopter juste comme ça parce qu’on en a envie…

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  4. Coucou ! Je découvre ton blog bia la sélection HC et ton article est vraiment très intéressant ! Figure-toi que c’est exactement ce qui se passe en ce moment en Norvège. J’ai vu un reportage à ce sujet er c’est tout aussi glaçant. .. avec la politique de l’enfant roi, on peut retirer des enfants à leur famille si un parent crie sur son enfant ou a un geste un peu brutal envers lui..

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  5. J’en ai juste entendu parler mais je n’ai pas regarder … je trouve ça tellement incroyable, même avec un mari médecin qui voit de tout : de vrai situation à risque comme des familles qui ont galérées dans la vie mais qui s’en sont sortis pour leurs enfants.

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