J’ai plongé dans la boue (et en plus j’ai aimé ça) – Muddy Angel Run Paris

Bon, faut reconnaitre, je ne faisais pas trop la maline.

Même qu’à quelques jours de la course, je me demandais encore ce qui m’avait poussée à accepter de participer à l’édition parisienne du Muddy Angel Run. La persuasion de Siham, sûrement. La perspective de faire un truc qui sortait un peu de l’ordinaire, probablement. Passer un samedi avec des copines dans un petit coin de verdure, assurément.

Mais courir ? Nan, courir, c’est pas mon kif. Attention, j’aimerais bien aimer courir. Je n’ai rien contre le running, hein, d’ailleurs je connais des gens très biens qui sont runners.

En fait j’essaie, régulièrement, d’aimer courir. C’est un sport pas cher, qui ne nécessite pas trop de matériel, qu’on peut pratiquer un peu partout. Et puis l’humain est fait pour courir (rigolez pas, j’ai vu des docs très sérieux là-dessus). Il parait  même que quand on court, il arrive un point où on ressent un profond bien-être, où on se sent léger et libre.

Ce stade mythique et merveilleux, je ne l’ai jamais atteint. Non, moi je suis heureuse quand je commence à courir, parce que je suis fière de moi, qu’il fait beau (jvais quand même pas sortir quand il fait un temps pourri !), que je galope cheveux aux vents comme une fillette insouciante. Au bout de 300 mètres mon âge, mes genoux et ma capacité pulmonaire se rappellent à moi, j’ai les joues en feu et un point de côté. Alors je marche. Au bout de 20 minutes de course/marche, j’ai l’impression de peser une tonne, j’ai chaud, une ampoule au talon, et je me rappelle à quel point je trouve ça chiantissime de courir. Alors je rentre.

Voilà.

Autant dire que ma préparation physique au Muddy Angel Run fut très limitée. Je suis allée marcher/courir avec le Grand une fois. On a bien rigolé mais j’avais comme le sentiment que nos cinq tours de quartier en pas-chassés-cloche-pied-talons-fesse-allez-on-fonce-vazy-on-marche-jusqu’au-lampadaire ne feraient pas de moi une championne de cross.

Bon et puis les obstacles. On en parle, des obstacles ? Bassins de boue, ramping, poutres, filets à escalader… Je me figurais un peu la chose comme un parcours du combattant façon Koh Lanta ou boot camp. Et jusqu’à preuve du contraire, à l’heure actuelle, même si ma vie en dépendait, je suis infoutue de faire une traction ou de grimper sur une corde lisse. Je peux tenir sur les mains, et probablement mettre mon pied derrière ma tête (bon et tant qu’on est à lister mes grandes qualités, je fais des lasagnes plutôt pas dégueu et j’arrive presque à me vernir les ongles de pied sans dépasser), mais je n’ai jamais vu personne remporter Survivor avec ça.

Bref en retrouvant Siham, Laurine et Agnès à la Gare de l’Est samedi matin, j’ai été HYPER soulagée de les voir aussi peu enclines à courir que moi. « On s’en fout on marchera » est devenu notre cri de ralliement et pour sceller cette bonne résolution, on est allée prendre des forces au Starbucks.

Quand on a récupéré Muriel et Malika à Vaires, on a rajouté une clause à notre pacte : ne pas courir, MAIS passer tous les obstacles. Bon, OK, en fait on s’est dit que SI on passait tous les obstacles, on se prendrait une pâtisserie sur le chemin du retour avant de reprendre le train. On travaille sa motivation comme on peut.

Une heure plus tard, on avait acheté au Carrefour Market de quoi pique-niquer, pris la navette, débarqué à l’île de loisir de Torcy et enfilé nos t-shirts assortis. On était belles, fringantes, pimpantes. On avait la niaque.

C’est sur le (long) trajet à pied pour arriver au site de course que les filles ont commencé à parler de bières fraiches.

Après avoir fait pipi dans des cabines surchauffées et sans papier toilette, fait la queue pour nous enregistrer, récupéré nos bandeaux/bracelets de vestiaire/tickets pour les chaussettes, puis les chaussettes elles-mêmes, puis trouvé un coin pour déjeuner sur l’herbe, on a commencé à évoquer des mojitos avec beaucoup de glace.

Le pique-nique était très chouette. On a bien mangé, bien papoté, et commencé à repérer les stands de boissons alcoolisées. On voyait le lac scintiller sous le soleil, les nanas passer couvertes de gadoue, leurs mecs qui les prenaient en photo, des enfants qui criaient « vas-y maman! ». Bonne ambiance. On a eu chaud. On a bu plein d’eau (mais pas trop parce qu’on ne voulait pas retourner faire pipi). On a partagé de la crème solaire teintée (ce qui fait que d’un coup j’ai eu l’air vachement plus bronzée, et que les copines ont eu l’air beaucoup plus pâles). On a eu peur de choper une insolation avant la course, alors on est allées chercher de l’ombre. On a posé nos sacs dans le vestiaire, qui était en fait un chapiteau de cirque. On a attaché tous nos sacs ensemble pour essayer de décourager d’éventuelles voleuses. On est vite ressorties parce qu’il faisait 60 degrés sous le chapiteau et les nanas de la team nous ont dit qu’on pouvait aller prendre le départ sans attendre l’heure indiqué sur nos billets.

Alors on y est allées, parce que vu comme on crevait de chaud, on avait soudainement TRES envie de se plonger dans la boue.

Avant de prendre le départ, on a transpiré encore un peu pendant nos cinq minutes de squats, jumping jacks et autres pas chassés (échauffement en musique). Et au son de « who run the world ? Girls ! » on a démarré notre Muddy Angel Run.

Evidemment on a couru, pour faire genre. On était en tête du groupe, donc si on avait marché on aurait bloqué tout le monde. Déjà. En plus ça descendait. Bref on a couru sur au moins 100 mètres. Et après on s’est souvenues de notre pacte, on s’est mises sur le côté et on a ralenti pour profiter du paysage. Cinq kilomètres ça passe vite, on allait quand même pas les faire en 40 minutes ! Donc on a encouragé les nanas qui arrivaient en sens inverses (boueuses de la tête aux pieds), on a évité agilement celles qui voulaient nous faire des câlins pour pourrir nos fringues encore propres, et on s’est demandé quelle épreuve nous attendrait en premier.

Des barrières à escalader. Des machins en métal comme quand il y a des travaux ou des manifs. Fastoche. Le plus long c’était finalement d’attendre notre tour, sinon on a plié ça comme des cheffes. Et pour la peine on est reparties au petit trot, galvanisées. Jusqu’à la prochaine.

De la boue, donc. Un grand bassin de boue bien épaisse, avec des cordes au-dessus pour nous obliger à ramper. Agnes aurait bien voulu sauver ses baskets, Siham ne voulait pas trop y mettre les mains, mais Laurine a plaqué tout le monde histoire de ne pas être la seule crado. On a glissé, rigolé, on a essayé de ne pas avaler trop de boue au passage, et on s’est fait de belles traces de mains là où on était encore propres. On a fait de grands sourires aux photographes. On s’est fait des peintures de guerre sur le visage. Et on est reparties.

Après ça on a transporté Agnes sur un pneu (à 5 pour la porter, c’était fingers in the nose), on a aidé une autre équipe qui galérait un peu, on a continué jusqu’aux poutres à bascule, puis on a escaladé les filets, montée et descente. On a sauté de pneu en pneu. On a couru pour faire style, en passant devant les gens sur l’herbe. On a renoncé à faire style parce que nos chaussures étaient pleines de boue et que là où ça séchait, ça tirait vachement. On a bu plein d’eau au stand de ravitaillement, et on s’est dit que finalement y’avait pas tant de boue que ça (à part sur nous).

La couleur de l’herbe, en sens inverse, aurait dû nous alerter. Le coup d’après, c’était une piscine pleine d’une eau d’une couleur indéfinissable, épaisse, herbeuse et malodorante. On a nagé sur le dos, agrippées aux grilles au-dessus de nous pour traverser. La partie sous une bâche a causé quelques instants de crispation mais c’était vraiment marrant.

On est ressorties dégoulinantes, on a essayé d’essorer nos t-shirts… juste à temps pour les rouleaux de boue, à plat ventre dans la pataugeoire boueuse. Du coup en revenant le long du lac, on a piqué une petite tête histoire de se décrasser. On a essoré nos t-shirts à nouveau. On a eu froid quand le soleil s’est caché, puis chaud. On a vu des canards, des cygnes, des petits cons qui se foutaient de nous, des libellules, des fleurs. On a encouragé celles qui couraient. On a pensé aux bières.

L’obstacle suivant, c’était un bassin boueux, évidemment. Mais là il fallait passer sous un mur, donc s’immerger totalement. J’ai taillé sournoisement la route en contournant l’obstacle. J’ai fait demi-tour quand les copines m’ont intimé de revenir. J’ai pensé aux gâteaux. J’ai essayé de convaincre Agnes de se barrer en douce. On a pensé aux gâteaux. On a rigolé en voyant les têtes des copines. On s’est pris de la boue dans la face. On a poussé Siham pour qu’elle ne se noie pas. On a plongé. On a souri pour les photographes. On était vraiment dégueu. Donc on a plongé avec plaisir sur les toboggans qui atterrissaient dans le lac, la tête la première. On a kiffé. On serait bien restées dans l’eau.

Ensuite on a escaladé des murs, on est revenues en discutant de plus belle, on a kiffé la fin de la balade, on a plongé dans la piscine de boue et de ballons, on s’est balancé des tas de balles dans la tête, on est sorties en rigolant et on a fini notre parcours en courant, parce que ça a quand même plus de gueule pour passer le finish, même si on avait dit qu’on s’en foutait.

On a bu plein d’eau, on s’est marrées devant les Balistos coupés en morceaux, on s’est dit qu’on sentait mauvais mais qu’on avait bien assuré, et d’un coup on s’est souvenues qu’on avait peur pour nos sacs alors on a filé à la consigne/chapiteau pour récupérer nos affaires. Tout était là, on a défait les noeuds, on a mangé des bananes et on a envoyé des SMS pour dire qu’on était vivantes.

On sentait toujours la vase après les douches, mais on avait les pieds et les fesses au sec, alors on a repris la navette pour retourner à nos familles et nos vies, heureuses, fières et mal coiffées. On a vu dans le bus des tas de nanas comme nous, heureuses, fières et mal coiffées. Je crois que tout le monde a passé une bonne journée, en courant ou pas.

A la pâtisserie on a pris des gâteaux avec plein de crème et de chantilly. On les avait bien mérités.

On les a mangés en terrasse, au bar à côté de la gare. Et on les a aidés à descendre avec des mojitos, des bières et du Perrier.

On s’est dit que l’année prochaine on essaierait de faire le parcours en courant.

Genre.

Bref merci les drôles de cops, j’ai passé une MAGNIFIQUE journée.

Et si vous vous inquiétez de ne pas avoir le niveau physique pour cette Muddy Angel Run, faut vraiment pas vous en faire, même en marchant c’est HYPER marrant. Et puis c’est pour la bonne cause, donc mettez vos plus vilaines chaussures de course, et plongez !

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