Le féminisme, ce fléau

C’est cet article de The Local qui m’a un peu fait bondir l’autre jour. On y explique en substance que si les femmes allaitent peu en France, c’est parce que le féminisme considère dans notre pays l’allaitement comme de l’esclavage et une exploitation.

L’article évoque aussi, pêle-mêle, le congé maternité postnatal de 10 semaines, le manque d’aide pour les femmes désirant allaiter, le peu d’interlocuteurs formés sur le sujet, les politiques de promotion du lait industriel ou encore le lobby des laits en poudre… toutes choses qui participent effectivement de plus ou moins près au faible taux d’allaitement hexagonal.

Mais pour l’auteur de ce papier, le vrai coupable semble rester… le féminisme. Cet odieux mouvement qui assimile la maternité à de l’esclavage, et qui renforce une tendance commencée au 17ème siècle, époque où les françaises, ces mauvaises mères, ont commencé à embaucher des nourrices pour ne plus avoir à s’occuper de leurs enfants.

En dehors du fait d’être totalement affligée par cet article, qui va jusqu’à citer un illustre inconnu déclarant que pour les français, allaiter s’apparente à boire sa propre urine (!), je suis inquiète de ce qui se passe autour du féminisme en ce moment.

Le féminisme, ce fléau. Cette tare dont il faut se préserver : il n’y a qu’à voir la promotion du film « Sous les jupes des filles ». Une comédie qui donne le premier rôle aux femmes, pour sa réalisatrice Audrey Dana. Mais pas un film féministe, oh ça non. » Un très beau film de femmes sur les femmes, absolument pas féministe”, pour Vanessa Paradis, l’une des actrices du long métrage (lire aussi ici).

« Absolument pas féministe« . Comme si être taxé de féministe pouvait porter préjudice au film. Comme si le féminisme pouvait être considéré comme un handicap. Une lubie passéiste, réservée à quelques femmes agressives et/ou mal-baisées. Un mouvement de mégères qui ne se rasent pas les jambes et haïssent les hommes.

Et que dire de ce tumblr « why we dont need feminism » ?  Et de celui-ci, « i dont need feminism because » ?

Qu’on puisse être contre le féminisme, déjà, ça me semble absurde. Surtout quand on est une femme.

Qu’on puisse ne pas être d’accord avec le fait de lutter contre une oppression et des inégalités injustes exercées envers la moitié des habitants de la planète, ça me dépasse.

Mais que le mot même de féminisme soit ainsi banni ou dénigré lors de la promotion d’un film fait par des femmes pour les femmes et annoncé en grandes pompes un 8 mars (journée internationale des droits de la femme, pour rappel)… ça me fait légèrement flipper.

La lutte n’est pas finie, les amis…

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Le féminisme passe par les garçons… et par les mères

Je suis maman de deux garçons. On pourrait croire que quand on a des tendances féministes c’est plus reposant, mais le féminisme, en tout cas de mon point de vue, est bien loin d’être une affaire strictement féminine. C’est même tout au contraire une démarche qui concerne à égalité hommes et femmes, filles et garçons.

Parce qu’il ne suffit pas de montrer aux filles qu’elles ont les mêmes droits, qu’elles sont libres de choisir ce qu’elles voudront être et faire, qu’elles ont tout simplement autant de valeur, de possibilités, de talent que les garçons… si en parallèle on n’apprend pas exactement la même chose aux garçons.

Un exemple tout bête concerne les taches ménagères. A l’heure actuelle en France, le ménage, la cuisine, l’entretien du linge ou encore les soins prodigués aux enfants sont assumés majoritairement par les femmes et les mères. Bon, il y a du progrès, bien sur, mais il reste une inégalité certaine dans ce domaine.

Mais comment peut-on espérer que cela change, si les petits garçons ne sont pas mis à contribution dans les activités domestiques, et ce dès leur plus jeune âge ?

Je suis toujours sidérée d’entendre des mères dire à leurs fils que ce n’est pas à eux de laver leur linge ou de faire la cuisine (oui, j’ai regardé Qui veut épouser mon fils récemment, et je ne m’en suis pas encore tout à fait remise). C’est là qu’on constate que les mères -certaines mères- sont le vecteur le plus efficace du sexisme. Qu’une femme puisse volontairement se mettre en position de servitude et prépare de surcroit le terrain pour que cette situation perdure avec les générations suivantes, cela ne cessera jamais de me surprendre. Surtout quand ces femmes ont également des filles…

Petit aparté : je me pose vraiment la question du choix, dans ce genre de situation. Une mère imprégnée de principes sexistes choisit-elle sciemment de donner moins d’importance/droits/libertés/choix à sa fille ? Est-elle réellement persuadée que sa propre place est au service exclusif de sa famille et pas ailleurs ? Et si on va dans les extrêmes, une femme qui n’a aucune autonomie peut-elle choisir de soumettre délibérément ses filles au même système patriarcal ? Exerce-t-on vraiment un choix quand on n’imagine même pas que la situation puisse être différente ?

Soit dit en passant, c’est pour ça que je suis contre la prostitution : je ne crois pas qu’il existe une « prostitution choisie ». Mais c’est encore un autre débat. Fin de la digression.

Pour en revenir aux taches ménagères au sein des familles, elles sont donc actuellement surtout assurées par les mamans. Et dans la mesure où les femmes prennent plus de congés parentaux que les papas, dans un sens, ça peut se comprendre. Toute féministe que je sois, je peux entendre que la répartition du ménage ne se fasse pas à parts égales si un des parents passe beaucoup plus de temps à l’extérieur de foyer que l’autre du fait de son travail. Admettons donc qu’à ce jour, il serait difficile, à l’échelle du pays, de montrer aux petits garçons que le ménage n’a pas de sexe, et qu’un papa passe aussi bien (voire mieux, y’a pas de raison) l’aspirateur qu’une maman.

Mais tout de même, puisque globalement TOUT LE MONDE trouve que le ménage c’est chiant -et que par conséquent aucune mère ne peut vouloir que sa fille passe toute sa vie d’adulte à se taper le lavage et le repassage toute seule- il me semble dans l’intérêt commun que toutes les mères fasse participer leurs enfants des deux sexes de façon égale aux taches domestiques. Y compris celles qui assument seules toutes les corvées à la maison.

Avouez qu’en plus c’est pratique. Parce que dans leur grande majorité, les petits garçons, ils ont des mamans. Donc si les mamans (qui sont des femmes et donc, par essence et en toute logique, devraient aspirer à ce que la société traite de façon juste le sexe dit faible) prenaient soin de mettre leurs petits gars au boulot à la maison au même titre que leurs filles, j’ai l’impression que ça enclencherait quelque chose de vraiment positif.

Ça vous semble possible ou pas ??

Ménage-de-printemps

« I want every little girl who is told she is bossy to be told she has management skills »

bossy

 

Cette citation de Sheryl Sandberg (actuellement directrice des opérations chez Facebook) pourrait être traduite par  « A chaque petite fille qu’on a traitée d’autoritaire, je veux qu’on dise qu’elle a des compétences managériales ».

Et cette petite phrase reflète assez bien ce que je pense des clichés de genre.

Je ne nierai pas l’inné, ni le rôle des  hormones sur les comportements (j’en suis suffisamment imprégnée actuellement pour mesurer leur pouvoir) mais je crois fermement que la majorité des différences entre filles et garçons, hommes et femmes, sont les résultats de l’acquis.

Je crois que si les petites filles sont (vues comme) plus sages, c’est parce qu’on tolère moins de leur part qu’elles soient turbulentes, courent en tout sens et hurlent comme des folles.

Je crois à la plasticité du cerveau humain, et suis heureuse que des travaux scientifiques aient pu prouver que non, les femmes n’ont pas plus de vocabulaire parce que leur matière grise porte l’héritage de millénaires passés à grogner puis parler au coin du feu/du lavoir/du fourneau pendant que les mâles allaient à la chasse au mammouth/au boulot. C’est plus simplement parce qu’on encourage d’avantage les petites filles à parler, qu’on leur colle plus de bouquins dans les mains, qu’on valorise d’avantage cette aptitude chez elles que chez leurs camarades masculins.

Je crois que nous (parents, éducateurs, société) renvoyons aux enfants en permanence ce que nous projetons sur eux et que c’est cela qui modèle leurs cerveaux, leurs aptitudes et la façon dont eux vont se voir comme être, comme fille ou comme garçon.

Qu’on calme un enfant un peu trop autoritaire avec ses camarades ne me gêne pas. Ce qui me dérangerait, ce serait qu’on laisse faire le petit gars « bossy » et qu’on houspille la petite fille… L’égalité des sexes, ça commence bien plus tôt qu’on ne le croit.

A lire, pour ceux que ça intéresse :

Cerveau, sexe et pouvoir de Catherine Vidal

Cerveau rose, cerveau bleu de Lise Eliot