Lettre à mon corps

Cher corps, je vais te demander un effort. J’ai en effet le sentiment qu’il y a un malentendu entre nous, et il me semble urgent d’y remédier.

Je voudrais toutefois, en premier lieu, te rappeler que je te suis vraiment reconnaissante du bon travail que tu fais. Globalement tout fonctionne – oh il y a bien les yeux qui voient un chouia flou, cette dent qui manque, les articulations qui craquent et quelques autres délicieusetés- mais après 37 ans de vie commune, je sais que je peux compter sur toi.

Qu’il s’agisse de galoper entre les écoles, de porter des bébés, de mouliner des soupes ou de taper sur ce clavier, toi et moi, on fait le job. Même, même, si on s’en donnait un peu la peine, je suis sure qu’on arriverait à courir 10 minutes d’affilée. Après, c’est pas notre faute si on préfère se mettre la tête en bas sur un tapis que d’arpenter le bitume en petites foulées. Ouais, courir c’est naze, je suis bien d’accord avec toi. Garde ça en tête.

Par ailleurs, nous avons accompli de grandes choses ensemble. Je veux dire, nous avons fait pousser trois êtres humains avec tous leurs orteils, leurs doigts et leurs organes. C’est pas rien, ça. OK, la petite dernière a un mode d’emploi différent des autres, mais rien ne dit que ça vient de la chaine de montage ! Nous avons allaité ces trois marmots durant des mois, sans pour autant avoir les seins jusqu’à la taille. Au niveau vergetures on ne s’en sort pas trop mal, et finalement les cheveux ont arrêté de tomber, nous ne serons donc pas chauve tout de suite, ce qui est une fichtre de bonne nouvelle.

Donc tu vois, je suis contente de toi. Je sais que parfois je te regarde de travers, mais ne t’y trompe pas, au fond, je te kiffe parce que tu me permets de faire ce qui compte vraiment : bisouiller mes gosses, lire des bouquins, câliner mon chéri, enchainer les asanas, chanter ou manger des glaces devant Gilmore girls.

Mais c’est justement sur ce dernier point que je voudrais te parler. Pas Gilmore girls, non. Les glaces. Et puis le chocolat, la brioche, les frittes, les crêpes, les gâteaux, le fromage, tout ça.

Je pense sincèrement qu’il y a un malentendu, et j’ai bon espoir qu’en mettant les choses à plat on arrive à régler le problème.

Tu vois, je sais ce que je peux manger. Je sais comment maintenir mon poids, et comme tu as pu le remarquer, j’y arrive plutôt bien. En-dehors des grossesses, je veux dire. Alors là je ne vais pas t’accuser : si je me suis empiffrée à chaque couvage, c’est surement la faute aux hormones, ou au locataire du dernier étage (tu sais, celui qui est sensé commander à tout le reste) qui a dû trouver que « manger pour deux » était judicieux. Bref on  ne va pas revenir là-dessus, disons que nous, pour faire naître un bébé, on prend 20 kilos et puis c’est tout.

Mais après, après… avoue que tu déconnes. Allez, explique-moi une fois pour toute comment ça se fait. Pourquoi en diminuant par deux ou trois ce que je mange quotidiennement, je ne fonds pas comme un sundae au soleil. Dis-moi, allez !

Moi je sais : tu as mal compris. Tu as cru, et c’est sans doute ma faute pour ne pas t’avoir mieux expliqué, qu’on était en situation de péril. Je reconnais, la disparition brutale du sucre, ça fait un choc. Et tout hypoglycémié que tu étais, tu t’es dit qu’on était perdus dans un environnement hostile et que notre survie était en jeu. Oui oui je sais, c’est comme ça que l’espèce humaine a survécu, en stockant les calories quand il y en avait, en prévision des jours de disette. Alors de deux choses l’une : soit on a eu des ancêtres vraiment crève-la-dalle, soit tu fais du zèle. Et laisse-moi te dire une chose : les ancêtres, chez nous, ils sont en partie normands. Normands. Tu vois le truc ? Tu te rappelles les mottes de beurre à Domfront, avec les galettes ?  (Marie-Odile, si tu me lis ;-)).

J’ai été élevée au beurre et à la crème, gars. Et ensuite je suis passée à l’huile d’olive. Il y a bien eu ce passage en Inde où j’ai légèrement failli décéder, mais même là il y avait du ghee sur mes chapatis. Regarde-bien en arrière, et reconnais-le : on n’a jamais manqué de rien.

Alors je crois que tu fais du zèle. Sinon comment expliquer que la balance ne bouge pas, alors qu’on avale spartiatement deux tranches de jambon et beaucoup de salade ?

En vérité je te le dis : tout va bien. Nous ne sommes pas perdus en Amazonie, la faim ne nous tuera pas. Le premier Mc Do est à 5 minutes à pieds, je te jure – sur la tête de ma première galette à la frangipane- qu’on ne va pas trépasser.

Alors sois sympa, arrête le mode survie. Fais comme Elsa dans la Reine des neiges : let it goooooo. Je veux bien sniffer quotidiennement du Nutella si ça peut t’aider à te rappeler que la famine ne menace pas. Je veux bien m’enduire d’huile de coco si ça peut aider. Mais crénom de nom, laisse partir les réserves ! Surtout au niveau du ventre et des hanches, si je peux me permettre. On n’en a pas besoin, on ne fera plus de bébé, c’est promis, juré, craché. Non, on ne sait pas cracher, mais tu vois l’esprit du truc.

Ferme les yeux quelques semaines, lâche la bride au métabolisme, et je promets qu’après tout rentrera dans l’ordre. Et nous on rentrera enfin dans nos fringues. Steuplé.

Bon, je ne voulais pas en arriver là, mais je dois quand même te prévenir : si tu ne m’aides pas, si tu continues à faire de la résistance, il va falloir y arriver. Au sport. Oui oui, le sport. Pas le yoga qui nous fait plaisir. Le sport genre courir. Dehors. Alors qu’il gèle.

Pense bien à ça, visualise les poumons en feu et le nez qui coule et les chaussures moches.

Voilà.

Maintenant que tout est au clair je ne doute pas que nous arrivions, ensemble, à perdre les quelques kilos qui restent. Je te remercie par avance de toute l’aide que tu voudras bien m’apporter.

Bien à toi,

Amélie

PS : ce midi c’est courgettes, pense très fort aux baskets.

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« Les enfants volés d’Angleterre » : un documentaire terrifiant

Hier soir, j’ai regardé sur France 5 un documentaire qui m’a glacée. A vrai dire, ce matin encore j’ai du mal à croire ce que j’ai vu, tellement cela semble absurde et terrifiant.

En Angleterre, le Children Act de 1989 (période Thatcher) a inscrit dans la loi la notion de probabilité de maltraitance envers les enfants. La PROBABILITE de maltraitance. Le système qui en résulte, visant à éviter les maltraitances à venir, permet aux travailleurs sociaux de retirer un enfant à ses parents, sur présomptions.

L’objectif premier peut sembler louable : éviter que des enfants, nés dans des familles « à risque », ne subisse de dommages physiques ou psychologiques. Mais au-delà du principe déjà horrifiant de la chose, c’est quoi, une famille « à risque » ?

Un jeune couple, vivant sous le seuil de pauvreté. Les deux ont grandi en familles d’accueil. Suite aux premiers examens de grossesse, les services sociaux sont alertés. Ils prennent l’enfant 3 jours après la naissance. Bien qu’ayant fait leurs preuves en suivant un programme de parentalité, bien qu’ayant fait toutes les démarches pour démontrer qu’ils peuvent être de bons parents, ils ne récupéreront jamais leur enfant. Le jugement fait état de leur incapacité à fournir à cette enfant ce dont elle a besoin.

Une jeune femme de 22 ans reçoit le courrier des travailleurs sociaux durant sa grossesse, la prévenant qu’on lui retirerait sa fille dès sa naissance. Raison ? La soeur de la demoiselle s’était suicidée après la naissance de son premier enfant. La jeune femme s’enfuit en France, d’où elle pourra « négocier » avec les social workers la garde de sa fille, en demandant une mise à l’épreuve. Elle arrivera à garder son bébé.

Un couple emmène son enfant à l’hôpital pour une bosse. On leur annonce que le bébé a une fracture du crâne. On leur prend leur enfant. Plus tard, les parents découvriront que le rapport médical faisant état d’une fracture était faux. L’enfant n’avait pas de fracture ou d’hémorragie. En revanche les services sociaux avaient dès la grossesse placé un warning sur la mère, son médecin estimant que ses antécédents médicaux étaient trop importants et qu’elle était probablement une affabulatrice.

Un autre couple voit son petit dernier retiré de leur garde en raison d’une fracture qu’on estime causée par un tiers (eux en l’occurence). Leurs deux autres enfants leur sont pris également. A la grossesse suivante, le couple fuit pour l’Irlande… pour se retrouver avec la police anglaise au pied du lit en un rien de temps. En relative sécurité en Irlande, ou le Children Act ne s’applique pas, le couple informe la presse (en Angleterre il est interdit de parler du « retrait » des enfants) et arrive à négocier un retour en Angleterre avec mise à l’épreuve pour garder leur bébé. 5 mois dans un centre d’accueil anglais, où ils sont scrutés jour et nuit en permanence, pour enfin rentrer chez eux avec leur quatrième enfant, qu’ils ont « le droit de garder ». Et le pire ? Ils apprendront plus tard que la fracture qui avait déclenché le retrait de leurs trois premiers enfants, n’étais pas due à une maltraitance de leur part (ça ils le savaient), mais au scorbut, une éventualité qu’ils avaient évoquée à l’époque… Ils attaquent en justice pour cette erreur, ils gagnent. Mais on ne leur rend pas leurs trois premiers enfants.

C’est déjà bien horrible comme ça, hein ?

Quelque part entre Minority Report et un épisode bien glauque de Black Mirror ?

C’est pas fini…

Les enfants qui sont pris à leurs parents sont placés en famille d’accueil en attendant le jugement qui déclarera leurs parents aptes ou pas à les élever. Quand les parents sont déclarés inaptes, les enfants entrent sur le marché de l’adoption. Présentés sur des catalogues et des vidéos, ils sont mis en scène comme des produits. Des agences privées prennent le relai de l’Etat pour placer les enfants, parce qu’il y en a tellement… Et pourquoi tellement d’enfants ? Parce que les comtés ont des quotas à remplir.

Des QUOTAS. L’Angleterre établit tout simplement des objectifs chiffrés d’enfants à retirer à leur famille et à faire adopter. A l’avance. Et si les comtés n’atteignent pas les quotas, ils sont pénalisés financièrement. En revanche pour ceux qui dépassent leurs objectifs, grosses primes.

Voilà comment on arrive à un système où les parents ou futurs parents en difficulté (sans emploi, avec une maladie chronique, un passé difficile, peu éduqués…) ou jugés en difficulté (ceci laissé à la seule appréciation d’un tiers) passent de « personne à soutenir » à « risque potentiel à écarter ».

Soumis à des travailleurs sociaux tout-puissants, ils se voient retirer leur ou leurs enfant(s), et n’auront ni le droit de les voir, ni de savoir où ils vont, ni même de parler de ce qui s’est passé.

Et tout ça pour atteindre des quotas.

J’ai vraiment fini ce doc sous le choc. Je comprends que l’idée de départ était de fournir les meilleures chances possibles aux enfants. Mais déjà :  WTF ???? Ce serait comme de dire « allez, on met tous les politiques en prison parce que c’est un catégorie à risque de détournements et de malversations ». Ou « bon, on devait vous opérer de l’appendicite, mais en plus on vous a retiré la jambe droite parce qu’il y avait un poil incarné pas joli joli, on risquait la gangrène, vous comprenez… »

Et puis il faudrait quand même revoir un peu les choses avec du recul : ça n’a pas l’air de fonctionner, le système est biaisé, injuste et il produit certainement plus de douleur qu’autre chose.

Le doc a juste manqué, selon moi, de défenseurs de cette loi. Il doit bien y avoir quelque part des personnes persuadées de son bien-fondé, et j’aurais aimé les entendre… Ne serait-ce que pour penser que tout n’est pas pourri au royaume de toussa toussa.

Un doc que je vous conseille, à revoir en Replay pour encore 6 jours ici.

Les enfants volés d’Angleterre, de Stéphanie Thomas et Pierre Chassagnieux

Critique de Télérama ici , Article du Monde ici

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Bethany, qui a fui l’angleterre enceinte pour avoir une chance de garder son bébé

Mon bébé est nourri par sonde (et c’est moins pire qu’il n’y parait)

Voilà, c’est dit dans le titre : notre fille est maintenant alimentée par sonde nasogastrique. J’ai eu envie de partager notre expérience, parce que si on m’avait dit l’année dernière que ma fille serait nourrie avec un tuyau, j’aurais flippé ma race et probablement pleuré pas mal. J’aurais imaginé un truc horrible, contraignant, compliqué, triste. Je l’aurais vraiment mal vécu.

Mais avec le recul de quelques mois, ce changement de mode d’alimentation a retiré beaucoup de stress à nos journées, et je me dis que si je peux rassurer quelques parents avec notre histoire, ça sera déjà pas mal.

Alors je vous livre ici pourquoi on en est arrivé là… et comment, finalement, on le vit bien.

La Mini et l’alimentation, c’est une histoire un peu compliquée.

Après quelques semaines tout à fait normales, l’allaitement était devenu plutôt épuisant. Puis il y a eu la phase où on a essayé d’introduire le biberon sans grand succès. La découverte des soucis neurologiques de la puce et la rencontre avec la diététicienne et l’orthophoniste de Bicètre nous on permis d’améliorer les choses en épaississant le lait (merci Gumilk). Pendant quelques mois nous avons alors eu un bébé bien nourri, aux joues si rondes et aux cuisses si dodues qu’on l’aurait mangée toute crue.

Et puis la maladie a évolué, la spasticité est apparue, la Mini a chopé une gastro qui l’a laissée épuisée, elle a commencé à se mordre la langue au cours des biberons. Les repas sont devenus de plus en plus difficiles. Alors qu’elle avait commencé à manger un peu à la cuiller, cela n’a plus fonctionné. Ne restaient plus que les biberons… et encore…

Petit à petit, l’alimenter est devenu un combat. Remplacer le lait par un complément nutritionnel oral (lait hyperprotéiné et hypercalorique) a permis de limiter les dégâts. Mais quelle lutte pour lui faire prendre quelques grammes.

Il a fallu ruser. Pour la maintenir éveillée et la stimuler pendant les biberons, on a chanté, marché sans fin dans l’appart en la portant d’un bras, on lui a parlé… et on a espéré à chaque fois que le biberon voudrait bien rester dedans.

Combien de bibs, avalés au prix de tant d’efforts, et vomis sur le champ ? Combien de hurlements du bébé qui ne comprend pas ce qui lui arrive ? Combien de lessives, de bains, de changements de fringues pour tout le monde, combien de tapis flingués ? Combien de larmes, de ma fille épuisée, de sa mère à bout de nerfs ?

Et bien sur, combien de médicaments avalés puis régurgités ? Calculs d’apothicaire : si elle a bu 110 et a vomi environ la moitié, combien je lui redonne ? Additions et soustractions pendant des mois, pour savoir combien elle avait bu, quelle quantité de médicaments elle avait pu garder. Guetter des signes de deshydratation. Car lui faire boire de l’eau était encore plus compliqué.

Manger n’était pas un plaisir pour la Mini. C’était probablement un calvaire.

Après son passage en réanimation cet été, elle était trop faible pour manger, elle a donc été alimentée par sonde nasogastrique. Le principe est simple : on glisse un tuyau par le nez, puis l’oesophage, jusqu’à l’estomac. Les aliments, l’eau, les médicaments sont passés par la sonde, poussés par une seringue ou une pompe.

Un jour l’équipe nous a parlé de garder la sonde par la suite. Bim. L’interne a ajouté que souvent « pour les enfants comme la Mini », à un moment la sonde est inévitable car ils ne sont plus capables de manger par la bouche. Re-Bim.

La vérité ? Ça fait mal. Garder la sonde, c’est aller un peu plus dans le handicap.

Mais l’idée a fait son chemin. Surtout, on a pu mesurer le confort apporté par la sonde : enfin on pouvait lui donner ses médicaments aux bonnes heures, sans avoir à attendre qu’elle soit réveillée. Enfin elle mangeait des quantités suffisantes. Enfin, on pouvait lui passer autant d’eau que nécessaire, sans avoir à s’inquiéter qu’elle s’étouffe ou que ça lui fasse vomir le lait bu avant.

Garder la sonde, c’était préserver ses temps d’éveil pour autre chose que les repas, son énergie pour jouer ou se câliner.

Les biberons nous épuisaient tous, c’est à ce moment-là que je m’en suis vraiment rendue compte.

Alors voilà : notre jolie Mini est nourrie par sonde depuis cet été. Nous avons eu le temps d’apprendre à manipuler la pompe à l’hôpital, nous avons un prestataire qui nous fournit le matériel (la pompe, les poches, tubulures, connecteurs, seringues, le lait…) ainsi qu’une diététicienne qui est joignable en permanence et suit la prise de poids de la poulette en lien avec la diététicienne de l’hôpital.

Nous savons vérifier que la sonde est en place, et la remplacer au besoin, la fixer sur sa joue avec les pansements adéquats. Nous pouvons appeler une infirmière si nécessaire. Nous sommes autonomes, et accompagnés.

Les journées sont rythmées par les repas (deux bolus le jour et un gavage nocturne de 22h à 8h) et les prises de médicaments. Ça demande un peu d’organisation, mais franchement, ça se passe bien. La pompe est petite et peut être emmenée en balade dans un sac à dos, avec tout le matériel. Cet été nous avons tenté la sortie à Disneyland, et même si c’est un peu bizarre de déballer le stéthoscope et les seringues au milieu d’une horde de touristes au son de It’s a small small world, on a bien géré.

Nous avons maintenant une petite fille de presque deux ans qui est correctement hydratée, nourrie, médiquée. Une petite fille exceptionnelle… avec un tuyau en plus.

Et c’est globalement le seul inconvénient : ce tuyau qui dépasse, qu’elle attrape de temps à autre et arrache, les pansements qui se décollent, qui lui irritent la joue et ne sont pas bien jolis sur les photos. C’est un signe bien visible que quelque chose ne va pas. Ça attire forcément un peu les regards, et les questions. Mais ça, c’est encore une autre histoire…

Chaque famille a son parcours, son seuil de tolérance, des choses qu’elle acceptera plus facilement que d’autres. Il m’a fallu un peu de temps pour accepter cette nouvelle étape, mais nous y avons trouvé un plus grand confort, pour la Mini et pour nous. Ça se gère. On apprend et on y arrive.

N’hésitez pas à me poser des questions si vous en avez, je serai heureuse d’y répondre.

des bises !

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Je n’étais pas seule dans mon lit (encore une chouette nuit à l’hôpital)

La Mini devait retourner à l’hôpital pour de nouveaux examens, et comme d’habitude nous avions prévu de dormir avec elle. La première nuit était pour moi. Une chic soirée en perspective.

20h, j’ai mangé, facetimé avec les garçons, fini les Ritz, la Mini a l’air bien tranquille… y’a plus qu’à m’installer pour un petit marathon de How i met your mother sur Netflix.

20h22, pour que ça soit encore plus fun, je décide de me faire une tisane. Wouh la fête.

20h36, je me brûle avec ma tisane devant l’épisode 6 de la saison 6.

23h45, y’a plus de tisane et je sature légèrement de HIMYM. Serait ptet temps de me coucher.

23h46, je finis par repérer mon plumard : un lit pliant Quechua planqué dans un coin. Je tente de me persuader que ça va aller.

23h47, j’essaie d’imaginer comment placer ledit lit pliant Quechua (celui-ci précisément), entre la chaise de jardin Ikea (celle-là, avec exactitude), le lit de la Mini et les parois de notre box.

23h49, je réfléchis toujours.

23h57, l’équipe de nuit qui vient relever les constantes de la Mini me propose un lit pliant à la place du lit de camp. J’accepte avec reconnaissance. Et me félicite d’avoir procrastiné depuis 10 minutes.

23h58, je suis trop contente de ne pas avoir à dormir sur le lit de camp. La dernière fois avait été légèrement pourrie. Même s’il manque une ou deux lattes au lit pliant, même si les pieds sont défoncés et qu’il est bancal… ça restera moins pire. Youpi pour le lit pliant !

00h04, la gentille auxiliaire de puériculture m’amène un lit, des draps, un oreiller et une couverture. La luxe suprême, les oreillers sont rares… et je ne savais même pas qu’ils avaient des couvertures.

00h06, je découvre avec ravissement qu’il ne manque aucune latte à mon lit : elles ont toutes été supprimées et remplacées par deux bonnes planches de contreplaqué. Pas de trou dans mon dos cette nuit, décidément cette soirée s’améliore à chaque minute.

00h07, j’ai faillé me péter un doigt, mais j’ai déplié l’engin. Je regarde suspicieusement le matelas couvert de plastique blanc. Il n’a pas l’air super net, le machin. C’est quoi les petits points noirs ? Une voix dans ma tête chuchote « déjections de puces », mais je lui colle un gros pain. Y’a aucune latte qui manque et les pieds sont d’équerre, bordel ! Une nuit à plat et sans trou, faut pas trop demander de plus, alors j’arrête de faire ma mijaurée et j’installe les draps.

00h12,  le monitoring du bébé du box voisin m’accompagne alors que je sombre, mes pensées commencent à s’enchainer avec la logique particulière de ce moment qui précède juste le sommeil. Une lumière s’allume, un enfant pleure, je m’enfonce…

00h13, je m’enfonce mais y’a un truc qui me gratte.

00h14, y’a un truc qui me gratte, je ne m’enfonce plus du tout. Pourquoi mon pied me gratte ?

00h15, j’enfile mes chaussures, vais allumer la lumière, reviens au lit. J’ai un bouton sur le pied. J’ouvre les draps, inspecte. Rien. J’éteins la lumière enlève mes chaussures, me remets au lit. Allez dodo.

00h16, la Mini ronflotte, je vais me rendormir, ce n’est rien, tout va bien, je m’enfonce…

00h18, je gratte mon pied.

00h19, un coin de lumière se refait dans mon esprit alors que je gratte de plus en plus fort mon pied. Elle sort d’où cette piqure ? Je n’ai pas entendu de moustique, et puis pourquoi me faire piquer dans le lit ? Des souvenirs de cours de parasitologie refont surface. Lit, hématophage, parasite, nocturne. Oh p*****. Non pas ça. Pas ça pitié. Non pas ça, sérieux. Oui mais quoi d’autre ?

00h20, j’allume la GRANDE lumière, celle qui éclaire tout le monde en même temps que nous, j’ouvre le lit, et je cherche.

00h21, cri de désespoir. Je n’étais effectivement pas seule dans mon lit. Et je viens de trouver ma colocataire. Une voix dans ma tête chuchote « c’est la fin du monde on est foutus c’est une catastrophe monumentale« , je ne peux qu’acquiescer devant l’évidence. On s’est chopé une punaise de lit.

00h21, la sale bête fuit la lumière à toute allure. Faut la choper avant qu’elle se planque, nom de d***.

00h23, j’attrape la saleté avec un mouchoir en papier et je fais un petit paquet tout serré pour bien l’emprisonner. Je ne sais pas quoi en faire. Je regarde le lit et j’ai envie d’y foutre le feu. Je me collerais des coups de pied au cul pour ne pas avoir écouté la petite voix au dépliage de lit.

00h24, j’alerte l’équipe de nuit sur la présence inopportune de l’insecte nuisible, envahissant, parasite et flippant dans mon lit. Je certifie main sur le coeur que non, ce n’est pas une punaise des bois, une coccinelle ou tout autre sympathique arthropode, mais bien une putain de punaise de lit, du genre fléau qui s’installe chez toi et dont tu ne peux plus te débarrasser. J’invoque mes études de pharmacie et les modules de parasitologie « Alors croyez-moi, je sais reconnaitre une punaise de lit« . {En revanche si vous ramassez des champignons dans les bois, demandez à quelqu’un d’autre, la mycologie c’est pas mon kif}.

00h26, je trouve l’emballage du sachet de ma tisane, je fourre dedans le mouchoir en boule qui contient la punaise, je referme l’emballage en pliant 10 fois le bord. Et je colle le tout dans la poubelle. Ouf. Je suis sauvée.

00h27, l’équipe de nuit a enfilé ses gants et rejoint mon box. Je plie le lit avec tout à l’intérieur, draps et oreiller, et je le pousse vers elles pour qu’elles le mettent en quarantaine.

00h28, je me lave frénétiquement les mains, je me dis que ça va aller, que probablement il n’y en avait qu’une, qu’elle était bien cachée dans ce lit, que c’est pas de bol, que c’est bon maintenant. Que le lit est parti, que je suis sauvée.

00h29, je déplie le lit Quechua, on m’apporte des draps propres. Pas d’oreiller ce coup-ci. Cette nuit est de pire en pire.

00h45, allongée sur le lit de camp, je suis très loin de m’endormir. Mon pied me gratte. Et plus j’y pense, plus tout me gratte. L’épaule gauche, la cuisse droite, le dos là-haut. Ça me démange de partout. Je suis sure que les boutons de moustique de l’été dernier recommencent à me gratter tellement je psychote. Une punaise. Une punaise de lit. Je ne sais même pas si je l’ai tuée en l’enfermant. Elle est dans la poubelle. Je l’imagine en train d’essayer de sortir de l’emballage de la tisane et de revenir férocement vers moi. Je m’ordonne de fermer les yeux et me concentrer sur ma respiration.

00h46, je sors le sac de la poubelle, je fais un noeud avec le sac, et encore un noeud par dessus, et je vais jeter ma poubelle nouée dans la grande poubelle dans le couloir. Ouf.

00h48, le soulagement se dissipe. Et si il y en avait d’autres ? Et si il y en avait sur moi ? Et si elles étaient dans la chambre et pas dans le lit ?

00h53, je me fais un oreiller avec la couverture polaire de la Mini, je cherche une position sur le lit de camp. Je suis à l’affut, je suis prête à bondir, je suis aware, je suis affutée comme JCVD. Let them come.

1h12, pour le moment pas d’autre piqure. Elle devait venir du lit. Planquée sous une planche ou dans une couture. Je dois respirer et faire le vide. Ça va marcher. Je suis calme. Je suis plus forte qu’une punaise. Je dois dormir.

1h27, je révise les techniques d’extermination des punaises sur internet. Je ne suis pas plus forte qu’une punaise. Pitié, faites que je n’en ramène pas à la maison.

2h19, ça se mélange un peu pendant que je m’enfonce… laver le congélateur à 60 degrés minimum et pulvériser le sèche-linge derrière les plinthes…

3h33, réveil en sursaut, bébé qui hurle dans le box d’à côté, monito qui bippe à fond. Mais je suis tellement naze que je n’en ai plus rien à faire des punaises, je ne pense même plus aux punaises. M’en fous, je rêve d’un grand feu de lits Quechua et de sachets de tisane.

Encore une chouette nuit à l’hôpital.

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Un tatouage, moi ? Jamais !

Vous voyez ces gens qui disent « Un tatouage ? Sur les autres oui mais alors sur moi… jamais ! »

Il y a encore peu, j’en faisais partie.

J’en ai vu des sacrément moches, faut dire. Des gribouillages, des gros ratages, des qui dégoulinent sur de vieux seins, des choses pas classes, pas chouettes, vraiment pas enviables.

Ceci dit, j’ai aussi vu des tatouages magnifiques. Des oeuvres d’art, des merveilles pleines de sens, des curiosités sublimes. J’ai vécu dans une région de l’Inde où les femmes portent traditionnellement des tatouages sur le cou, le buste, les bras et les jambes. C’était beau.

Mais un tattoo sur moi ? Quelle drôle d’idée…

La perspective d’une marque indélébile me faisait flipper. Décider un jour qu’on aimera toute la vie porter le même nom, le même dessin, le même sigle à même la peau, c’est un peu fou, non ? J’ai déjà du mal à porter le même sac à main deux semaines de suite… Alors une trace permanente, non merci.

Et puis un tatouage qui s’inscrit dans une tradition, ça a du sens. Mais moi avec mes ascendances normandes ? Je ne suis pas sure qu’il y ait une grande habitude de tatouages rituels dans l’Orne.

Et puis un tatouage, ça catalogue un peu, non ? Des fringues, une coupe ou une couleur de cheveux, ça se change. Peu importe que je me sois traînée avec des tresses roses et des baggies à la fac. Ressembler à nouveau à une fille sage pour mes premiers entretiens d’embauche n’a pas été compliqué. Mais si on est tatoué ? Si ça se voit ?

Et puis ça fait mal. Et puis ça ne vieillit pas toujours bien. Et puis les risques d’infection.

Et puis un tatouage pour dire quoi, en fait ? Qu’est-ce qui serait tellement important que je voudrais l’avoir dessiné sur moi pour toujours ? Et en même temps tellement fugace que je voudrais le marquer, comme si j’avais peur de l’oublier ? Pour appartenir à quelle famille, quelle tribu ?

Pourquoi les gens se tatouent, finalement ?

Et puis…

Et puis la Mini. Notre petite troisième qui nous a appris en quelques mois à peine que rien ne peut être prédit, promis, assuré. Que la vie réserve de drôles de surprises, et parfois nous fout de sacrés coups. Que finalement ça n’empêche pas d’être heureux malgré tout.

J’ai eu peur de la perdre, ma fille. C’est difficile de se projeter à moyen ou court terme pour elle. Mais qui peut être sur de quoi que ce soit, finalement ?

Et cette idée est apparue, cette envie d’inscrire notre histoire, de la porter sur moi. Aller plus loin que le collier gravé de leurs prénoms autour de mon cou.

Voilà, la fille qui disait « un tatouage, jamais ! » se dit que finalement, pourquoi pas.

Alors oui, c’est indélébile. Mais mes vergetures aussi, je vous ferais dire.

Oui, c’est pour toute la vie. Mais on peut ne pas se lasser. Mon alliance par exemple, j’ai bien l’intention de la garder forever ever ever. Mon mari aussi, vous noterez. Dans les deux cas, je suis contente de mon choix.

Et le reste, est-ce que ça a vraiment de l’importance ? Ce que pensent les gens, la douleur, les rites tribaux du pays de Caux, tout ça…

Voilà où j’en suis. Je ne sais pas si je me ferai tatouer un jour, je ne suis pas du tout sure d’être capable de ça. Mais il y a un petit début d’envie en moi… on verra bien ce qu’il deviendra.

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tattoo_cul Y’a du bon… et du moins bon !

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Lettre à toi, cher ami(e)

Toi mon ami(e), toi qui franchis aujourd’hui le seuil de notre maison, merci.

Merci d’être venu jusqu’à nous, déjà. Tu le sais (ou pas), mais se déplacer depuis qu’on est 5, c’est un avant-goût de la transhumance : c’est long, pénible et souvent parsemé de bouses. Merci spécialement à toi ami parisien, pour qui prendre la voiture est un acte de foi. Je sais que tu en doutes parfois, mais il y a bien une vie au-delà du périph, et je te promets de faire de mon mieux pour te prouver que les banlieues ne sont pas dangereuses. En tout cas pas comme on le croit.

Merci d’avoir enlevé tes chaussures en entrant. Merci de ne pas avoir hurlé en marchant en chaussette sur un Légo. Sur une petite voiture. Dans du jus d’orange.

Merci de ne pas avoir paniqué quand il s’est avéré que ce n’était pas du jus d’orange, mais peut-être du pipi, ou peut-être pas, difficile à savoir et nos enfants ont un sens de l’humour assez pénible en ce moment.

Merci de ne pas avoir bronché quand le Grand t’a accueilli avec un « bonjour monsieur pipi ». Merci de ne pas t’être formalisé quand le Petit a prouté à côté du bol de gressins. Merci d’avoir laissé les garçons manger toutes tes tomates cerises. Et d’avoir souri quand ils sont venus te rendre celles qui n’avaient pas bon goût.

Merci d’avoir ignoré la pile de linge sale en allant te laver les mains. Merci d’avoir relevé la délicieuse-et-pas-du-tout-chimique odeur du pousse-mousse mais pas les effluves corsées de la couche de la Mini.

Merci de ta patience face à nos conversations pour le moins hachées. Je sais comme il est frustrant de ne pas pouvoir finir une phrase sans être coupé par une demande, un cri ou un besoin pressant. Nous, on s’est habitués à stopper net nos phrases pour menacer un garnement ou aller essuyer des fesses, mais je conçois que de l’extérieur on ait l’air atteint d’un trouble de l’attention un peu cogné.

Merci pour tout, mon cher ami. Pour ne pas avoir souligné les cernes sous nos yeux, pour avoir souri à la Mini comme à ses frères, pour avoir amené un dessert qui fait plaisir aux enfants, pour avoir apporté une bonne bouteille qui nous donne l’impression de n’être pas que des parents.

Merci pour tout et au plaisir de venir nous aussi très bientôt marcher sur des Légos chez vous.

Bisous !

  

  

Nuit pourrie n°473 (faites des gosses !)

3h22, la Mini finit sa collation nocturne

3h27, après moults allers-retours dans le noir et caressages de dos, la Mini produit (enfin) un rot (parfaitement abominable)

3h28, la Mini dort comme une reine dans son  le lit parental

3h30, une main d’origine indéterminée allume la lumière du couloir

3h31, la mère de famille se lève et part enquêter (et accessoirement éteindre cette p**unaise de lumière)

3h32, la mère de famille trouve le Petit assis dans son lit. Le Grand ronflotte dans le sien

3h33, la mère de famille fait un gros câlin au Petit et le trouve bien chaud

3h34, le thermomètre diligemment inséré dans l’orifice adéquat indique 39,7°C

3h35, le Petit a docilement avalé sa pipette de Doliprane et s’est gentiment recouché

3h38, la mère de famille sombrant dans un sommeil bien mérité entend des bruits louches de genre chouinage à consonnance vomitive

3h38 et demi, la mère de famille tend le seau Némo au Petit, juste à temps pour récupérer le Doliprane et quelques morceaux de haricots verts

3h45, le Petit a arrêté de sangloter et cracher du vomi par le nez, il est mouché, le seau Némo est lavé, un suppositoire de Doliprane administré

3h52, la mère de famille sombrant dans un sommeil bien mérité entend des bruits louches de genre chouinage à consonnance vomitive

3h52 et quart, Némo en reprend une couche, le père de famille se joint à la fête pour réconforter le Petit en pleurs

4h11, le Petit s’endort épuisé

4h25, la mère de famille sombrant dans un sommeil bien mérité entend des bruits louches de genre petits pieds sur le parquet et essaie de les ignorer

4h26, le Grand se retrouve au pied du lit parental, tousse copieusement puis demande s’il peut aller jouer sur l’iPad

4h33, tous les enfants sont au lit et dorment. Les parents en revanche…

chouette