8 pics a week #73 (petits bonheurs entre-deux)

C’est une période un peu bizarre. D’un côté, j’ai l’impression que les semaines filent sans qu’on les voie passer. Entre l’école, les cours de yoga, les activités des enfants, les gouters d’anniversaire, les soins de la Mini… les jours s’évanouissent et les vendredis m’amènent immanquablement à la même question : où est encore passée cette semaine ?

D’un autre côté, que le temps est long… évidemment la météo pourrie me donne l’impression d’errer sans fin dans un tunnel de pluie et de grisaille. On met les manteaux et les bonnets à sécher, plusieurs fois par jour. On slalome entre les flaques, on rabat les capuches, on planque nos mains dans les manches ou les moufles. On croit au ciel bleu, quelques minutes. Depuis quand n’avons-nous pas eu le dos chauffé par un rayon de soleil ?

Je n’ai pas vu passer les jours depuis la rentrée de janvier, et pourtant depuis septembre il me semble qu’il s’est écoulé une éternité. Les jours s’évanouissent mais les heures et les minutes et les mois sont interminables. Les heures de vide, les minutes d’anxiété. Une hospitalisation à Bicètre et les secondes insupportables où ma fille hurle pendant la prise de sang. Les trajets flous en taxi vers Necker, comme suspendus, rien à faire que regarder les gouttes de pluie qui glissent sur la vitre. Les mois écoulés depuis l’envoi de mon manuscrit, et le pincement dans la poitrine à chaque fois que j’imagine que l’éditrice pourrait m’appeler. C’est vraiment étrange, cette dichotomie du temps : fulgurant et interminable.

Le facteur déterminant, bien sur, c’est l’attente, avec en corollaire l’espoir et la peur. Je ne suis pas une personne patiente, et j’ai beaucoup d’imagination. Laissez-moi un instant avec une question sans réponse, un problème irrésolu, et j’aurai imaginé 46 scénarios différents, du plus heureux au plus sombre. Ma fille a un peu plus de 3 ans ; il me semble l’avoir mise au monde hier ; l’attente de son diagnostic dure depuis des siècles ; j’ai imaginé 12 000 versions de notre histoire.

Attendre. Attendre sereinement, patiemment, fébrilement, anxieusement ? Laisser de côté ou s’obnubiler ? A l’évidence, le meilleur moyen de faire passer le temps est de ne pas attendre du tout. Encore et toujours, j’en reviens aux petits bonheurs, aux moments heureux à savourer sans arrière-pensée.

J’aimerais être détachée de l’attente, détachée du résultat, et libérée de ce temps élastique qui joue avec mes nerfs. J’y arrive plus facilement en me concentrant sur les sensations heureuses et les petites choses du quotidien. Par exemple…

J’ai emmené le Petit à la tour Eiffel, et sa joie face au panorama parisien valait de l’or. Nous avons passé un bon moment à tout observer, à retrouver les monuments, à chercher le Louvre ou Notre-Dame, en bravant le vent glacé pour bien se remplir les mirettes.

A l’aquarium du Trocadéro, on peut s’agenouiller devant le bassin aux caresses pour toucher -prudemment plus un peu plus hardis- les carpes colorées. On a ri quand elles ont fait mine de nous bouffer les doigts, on s’est éclaboussés sans faire exprès, et on est repartis un peu mouillés mais très heureux, en direction des requins.

Toujours le Petit, qui nous écrit des déclarations d’amour en gribouillis, au dos de son dessin géant de tour Eiffel.

Un lever de soleil brumeux, depuis la voiture avec Isabelle, en allant en formation.

Les garçons ont dessiné pour leur tonton/tata/cousin, quelques tonnes de baleines et requins.

« Tu veux quoi pour le gouter ? » « Un bagel au saumon ! ». Donc mon Grand a mangé son bagel au saumon avec un jus de pommes, et j’ai pris un chaï fabuleux et plein de mousse. Une petite pause juste tous les deux en attendant de récupérer son frère.

Entre deux cabrioles, trois sauts sur le trampoline et des cris de sioux affamés, le Grand et son copain se sont posés pour une partie d’échec. Ces enfants sont surprenants.

Et voilà la moisson de cette fois. Je m’aperçois en la postant qu’elle manque vraiment de verdure, mais il nous est un peu difficile d’aller gambader dans les parcs avec le temps actuel. Pourvu que les semaines à venir nous permette un peu plus de sorties dans la nature !

D’ici là je vais m’efforcer de ne pas attendre…

Plein de bises et bonne fin de semaine !

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