J’aurais mieux fait de rester couchée

6h30, j’entends du fond de mon rêve (Jack Black cuisine des spaghettis et je le déteste, aucune idée de comment, pourquoi ou de wtf) ma fille qui s’exprime. Elle ne pleure pas. Ne râle pas tout à fait, mais on dirait quand même bien que quelque chose la chagrine. J’attends sournoisement quelques secondes, histoire de voir si mon chéri aurait l’intention de bouger. Si par hasard la Mini se rendormirait. Juste quelques secondes. Juste assez pour que la mauvaise conscience prenne le pas sur la flemme. Je me lève.

6h32, je navigue vers le salon, évite une petite voiture, marche sur un Légo.

6h33, à la lueur d’une petite lampe, je trouve ma fille  bien éveillée, les cheveux collés de vomi, trempée jusqu’au bas du dos. Chic, le vomi, c’est vraiment ce que je préfère dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne.

6h35, pendant que je déshabille la poulette, j’entends des pas dans le couloir. J’y trouve un Petit ensommeillé qui  allume méthodiquement toutes les lumières. J’éteins, prends le petit zombie par la main, le remets dans son lit. Le Grand ronflotte au-dessus.

6h38, la Mini est déshabillée, essuyée. Good job. Vais chercher des fringues et des draps propres. Avec un peu de chance dans 5 minutes je dors.

6h39, la Mini renifle, tousse, et régurgite à nouveau. Je retourne chercher un gant humide. Évite un Légo, glisse sur un livre.

6h42, pleine de bonnes intentions, j’emporte le linge sale dans la cuisine pour le mettre dans la machine. La machine est pleine. Ça me rappelle que le doudou a besoin de polos propres. Et secs. Justement je vois un polo qui fait coucou à travers le hublot. Je tente donc de transvaser le linge mouillé-propre vers le sèche-linge. Il est plein.

6h43, je cherche le panier à linge.

6h46, le panier à linge a servi de bateau aux garçons, je le vide le plus doucement possible dans leur chambre, le Petit proteste faiblement contre l’extinction arbitraire des lumières.

6h48, retour à la cuisine avec le panier, la Mini en a marre d’être à poil et râle dans son lit, le Petit rallume dans le couloir, cette journée me fatigue déjà. Je voudrais juste aller dormir, c’est possible ou bien ?

6h49, sèche-linge vidé, linge mouillé transféré, je programme la machine et appuie sur « départ ».

6h49 et demi. Ça fait clac et puis plus rien. Les plombs ont sauté.

Fuck.

Il fait tout noir.

6h49 trois quarts. Le Petit crie depuis sa chambre « maman arrête d’éteindre les lumières ! »

6h50, à tâtons, je cherche la lampe de poche dans le meuble de l’entrée, shoote dans la poussette, qui tombe, pousse un juron puis un petit cri quand j’allume la lampe et me retrouve face à mon reflet dans le miroir de l’entrée. Note pour moi-même : penser à se démaquiller le soir. Je ressemble à Alice Cooper. Ou à un panda.

6h51, je cherche à la lueur de la lampe torche le fusible correspondant au sèche-linge. Tout est marqué : four, plaques, lave-linge, plafonnier, frigo. Pas de sèche-linge. Quel est le fils d’andouille qui a étiqueté les fusibles ? Je n’ai pas mes lunettes, mais je crois bien reconnaitre mon écriture… Pardon maman.

6h52, je crois me souvenir de l’emplacement du fusible. Au pire je les essaie tous, de toute façon c’est mort pour retourner au lit. Je prends le sachet avec les fusibles supposément neufs. Je me félicite de l’avoir rangé à côté du compteur. J’ai attrapé le sachet par en bas. Tous les fusibles tombent par terre et roulent. Je m’accroupis pour les ramasser, m’assied sur la poussette, qui retombe. Note pour moi-même : penser à mettre une culotte avant de m’étaler par terre.

6h53, j’appuie sur tous les boutons, je disjoncte, rejoncte, pousse des bidules, de toute façon parmi les 50 fusibles, pas un seul n’a la bonne taille pour remplacer celui qui est -peut-être- celui du sèche-linge. Ça fait clac, et la lumière revient. Victoire du portnawac sur l’électricité. J’attends quand même un peu en priant que rien ne prenne feu.

7h, ma fille est changée, habillée, dans un lit propre. Un polo sèche dans la salle de bain. Obligations maternelles et épousales remplies, je vais faire sa fête au gros boulet qui a encore fait disjoncter la maison. Je n’aime rien tant que bricoler de l’électroménager avant le petit-déjeuner, c’est évident.

7h30, le chéri fait mine d’entrer dans la cuisine et rebrousse chemin. Probablement que la vision du rejeton illégitime d’Alice Cooper et d’un panda, armé d’un cruciforme, devant un sèche-linge désossé, n’est pas très engageante de prime abord. Ou alors le tas de linge mi-mouillé-propre mi-vomi lui a barré le passage.

8h30, ils sont tous partis, ont même réussi à grapiller dans la cuisine de quoi manger malgré mes grognements exaspérés.  Le chéri avait l’air presque à l’aise dans son polo à moitié sec. Après avoir écumé les forums à la recherche de l’info qui me permettrait de réparer la panne, je décide de faire comme la reine des neiges : let it go. Je tape Darty dans google.

La prochaine fois, je ne me lève pas.

 

 

 

Publicités